Clément PAQUIS

Pari perdu

Pari perdu

jeudi 6 juin 2013

True colors

True colors

samedi 4 mai 2013

Et si on se faisait un petit caprice ?

Caprice à deux





mardi 30 avril 2013

Papilosexualité

Papilosexualité

Pognon pour tous

Pognon pour tous

Se renseigner sur la promotion socialiste de l'égalité, ici ou .

mardi 23 avril 2013

La Petite Maison dans la Prairie 2022

La petite maison dans la prairie 2022

Charles fait la morale à Albert.

  • Tu as menti, Albert !

  • Pardon, papa...

Et puis, Albert se met à pleurer, alors Charles dit que « c'est bon » ,  « qu'il aille faire ses corvées  avant le repas », et on sent bien que Charles, il en faudrait pas beaucoup pour qu'il se mette lui aussi à pleurer. On voit même son menton trembler tellement il est ému.

Charles a aidé des tas d'enfants dans sa vie, et pas seulement les siens.

En fait, quand un gosse a une galère, Charles le prend sous son aile, l'adopte pour un ou deux mois, le fait bosser sur son toit ou dans sa grange histoire de lui apprendre un peu la vie et puis le rend à son père absent qui se rend compte au dernier moment de toutes ces erreurs qu'il a faites avec son fils.

Ils se prennent dans les bras, chialent ensemble sur un fond de violons et l'épisode est fini.

Il est comme ça, Charles.

J'ai grandi avec Charles Ingalls et sa petite famille, et aujourd'hui que j'arrive péniblement à l'âge de 36 ans, bouffé par la maladie et les remords de ne pas avoir fait les bons choix avec les bonnes personnes, je prends la mesure de ce que cette petite série culte a apporté à ma vie.

L'amour, c'est bien, la fidélité, c'est beau, la famille c'est important, la violence c'est laid mais l'honneur ça se lave.

« La Petite Maison dans la Prairie » serait-elle une putain de série réactionnaire ou un simple rappel du bon sens ?

* * *

Lucie regarde la télé.

Dans l'épisode du jour, Albert – le fils adoptif de Charles & Caroline – a fugué car il se sent coupable d'avoir foutu le feu à l'orphelinat avec sa pipe mal éteinte.

En vrai, sa pipe n'y était pour rien, mais pour l'instant il n'en sait rien. Et puis, fuguer, c'est un peu dans sa nature à Albert. Il fait ça une épisode sur trois.

Lucie est vachement intriguée par ce qu'elle voit. À six ans, elle a déjà pas mal de questions en tête.

  • Papa ?

  • Oui ?

  • Non, l'autre !

  • Ah... Alexaaaaandre ? La petite a une question pour toi !

Alexandre sort de la douche, une serviette éponge autour de la taille.

  • Oui ?

  • Couvre toi devant la petite !

  • Oh ça va ! Tu vas pas me faire ta bonne sœur !

  • Écoute, Elle n' a que six ans, hein !

Alexandre enfile un t-shirt en bougonnant et court rejoindre Philippe, son époux, auprès de la petite Lucie. 

« Alors, Lucie elle avait une question à poser à papa ? »

Lucie fait des yeux ronds et demande : «  Où elle est ma maman ? »

Alexandre tire la tronche et s 'exclame à l'endroit de son époux :  « Merci de me laisser ce genre de problèmes à régler ! Très sympa ! »

Philippe prend Lucie sur ses genoux.

  • Tu veux savoir comment tu es arrivée ici, c'est bien ça ? 

  •  Oui papa. 

* * *

Philippe et Alex étaient mariés depuis deux ans. Un parfait amour auquel il ne manquait que la beauté d'une présence enfantine.

C'est surtout Alex qui en avait envie. Alex avait été une femme dans une vie passée. Parfois, et ce malgré sa greffe de pénis tout à fait réussie, Alex se prenait à rêver de grossesse, de maternité, de petit bébé qui sent le talc.

Philippe lui faisait la leçon et ça finissait en crise de larmes.

Après une bonne discussion suivie d'une bonne baise, Philippe avait cédé.

Sur LeBonCoin, il y avait pas mal de petites annonces.

JF fertile, 26 ans, cherche à rendre service à bas prix.

Y'avait un numéro de portable en dessous de l'annonce, Philippe avait appelé immédiatement.

  • Oui ?

  • Oui mademoiselle, c'est pour l'annonce.

  • Ah... Vous voulez un enfant ?

  • En effet. Quels sont vos tarifs ?

  • En fait, c'est la première fois que je fais ça... Je suis en galère de pognon et mes parents m'ont foutu à la rue, alors je ne sais pas trop ce …

Philippe était agent commercial chevronné et savait reconnaître un pigeon à des kilomètres.

  • Nous proposons 6000€ et tous les frais médicaux.

  • C'est tout ?

  • À prendre ou à laisser !

  • Je... Je ne connais pas bien les tarifs en cours, est-ce que je peux me renseigner avant de...

  • Non ! Je veux une réponse maintenant !

  • C'est d'accord...

  • Vous êtes d'accord ?

  • Oui.

  • Je vous envoie notre avocat pour signer les contrats.

Phil raccroche et fait le V de la victoire.

Alex saute de joie : «  Tu l'as bien baisé la connasse ! »

Phil dit que non, que c'est juste du business, qu'il n y a rien de personnel.

Alex dit que bien sûr, que c'est juste qu'il est content. Qu'il faut qu'on fête ça.

Champagne, gros pétards et un peu de cocaïne.

* * *

Jessica en est à 8 mois, elle rentre de son mi-temps de serveuse en parlant à son ventre. C'est une habitude qu'elle a prise. Elle sait bien qu'elle devra se séparer de sa progéniture. Elle sait bien que ce qui grandit en elle est la propriété privée de messieurs Philippe et Alexandre Fisturin-Garenne, selon les termes imposés par la loi et comme le convient le contrat d'engagement qu'elle a signé avec eux.

Elle se dit qu'elle s'est faite enfler. Si elle avait été sur AdopteUnVentre, elle aurait pu demander beaucoup plus pour cette GPA.

Sa copine Alice avait tiré 14 000€ à un couple d'homosexuelles femmes d'Orléans.

Mais dans la vie, Jessica n'a jamais eu de chance. Elle est comme ça. Née du mauvais coté. Un peu naïve, dans un monde où il n y a pas de place pour les faibles, elle a toujours été la victime de quelqu'un de plus riche, de plus puissant, de plus fort.

Victime de Patrick d'abord, qui ne voulait « qu'un baiser » mais qui l'a tout de même violée en lui serrant la gorge et en lui disant de fermer sa gueule ou il la saignait.

Victime de sa famille, qui n'a jamais voulu croire que Patrick, le maire, aurait pu se rendre coupable d'une ignominie pareille. Alors dégage ma fille, tu as allumé un notable qui plus est un homme marié, tu es la honte de notre famille.

Victime de la nature qui a décidé qu'elle porterait l'enfant d'un violeur.

Et puis victime d'un couple qui lui a imposé un contrat à 6000€. Même pas 1000€ par mois de gestation.

Victime.

* * *

C'est une petite fille !

C'est le plus beau jour de ma vie !

Voici votre chèque. Au revoir.

* * *

Lucie s'est accroupie par terre et fixe ses parents d'un œil torve.

  • Quoi ? Elle voulait savoir, non ? Elle est assez grande et puis c'est elle qui a demandé !

  • Je sais, je sais... Mais bon, tu n'as pas été très psychologue dans ta façon de lui expliquer !

  • Oh mais toi de toutes façons tu sais toujours mieux que tout le monde !

Phil pleure, Alex console, Lucie ne dit rien.

Lucie n'a d'ailleurs plus dit grand chose jusqu'à ses 16 ans. Jusqu'à ce qu'elle fugue pour ne plus jamais revenir. Jusqu'à ce qu'elle trouve la tombe de sa mère. Jusqu'à ce qu'elle change de nom. Jusqu'à ce qu'elle mette au monde un enfant avec un homme qu'elle aime. Jusqu'à ce que cet enfant l'appelle « Maman » et qu'elle lui offre, pour ses 6 ans, l'intégrale de la Petite Maison dans la Prairie.

dimanche 7 avril 2013

Progressisme

Progressisme

Approfondir le concept de tolérance.

jeudi 14 mars 2013

L'américain

L'américain

Je me sentais prêt.

Ce connard, il m'avait bien chauffé.

Il avait maté ma copine toute la soirée.

Et puis il avait une façon de rire détestable. Sa gueule, c'était une insulte à la face du monde.

Comme si il disait « Je suis tellement plus beau et plus attirant que vous tous... Je pourrais baiser vos copines et vos mères en claquant des doigts. » C'est ça que sa gueule voulait dire.

Il était arrivé deux ou trois jours plus tôt. C'était le correspondant d'Emilie. Il venait de Californie.

Pour sûr que la Breule, ça devait le changer de sa cambrousse !

Ici, nos bagnoles, elles ont des boîtes mécaniques ! Ici, on sait conduire !

Y'a Raoul qu'est passé avec son tracteur. Il a gueulé «  OUUHOOOO ! C't'é l'américain ? C't'é un COBOYE ? »

On a tous rigolé. Il est drôle, Raoul, et en plus il est cultivé , il parle le patois du village.

J'avais provoqué l'américain devant tout le monde. Je lui avais dit que j'allais lui niquer sa gueule, fils de pute.

Il avait pas compris alors je l'avais poussé. Il avait toujours pas compris, alors je lui avais craché à la gueule.

Il avait compris.

On s'était donné rendez vous sur la place de la mairie, à 16h. Émilie avait dit qu'elle allait le répéter à sa mère, mais on l'avait menacé de lui faire une réputation si elle l'ouvrait. Elle avait fermé sa gueule.

Je m'étais mis en marcel. J'avais une de ces classes...

Lui, il s'était mis torse nu.

Sur sa poitrine, pas un bouton, pas un défaut, même pas un poil, mais des muscles.

J'étais dégoûté. J'ai craché par terre.

Il s'est avancé vers moi, il m'a mis une gauche, une droite, je suis tombé, il a souri en levant les bras et en gueulant sa joie dans sa langue.

Je me suis relevé. Il m'a mis une droite, un crochet, un coup dans l'estomac. Je suis tombé à terre.

Il m'a regardé avec l'air de dire « T'en veux encore ? » . Je me suis relevé, et puis j'ai tourné de l'œil.

Quand je me suis réveillé, il était menotté par les gendarmes. Les copains avaient raconté qu'il m'avait agressé sans raison.

J'ai dit pareil.

On l'a embarqué. Il pleurait comme une petite chatte à l'intérieur du panier à salade.

Le Francky est venu me voir. Le Francky, c'est un gendarme qui connaît bien mon père.

Il m'a dit que si je voulais, je pouvais m'amuser un peu avant qu'ils démarrent. Il m'a flanqué un truc dans la main.

Un poing américain.

Je suis rentré dans la fourgonnette, il m'a vu et s'est mis à chialer en américain.

« comone, èlpe mi plize ! » qu'il pleurnichait.

Je lui en ai collé six dans la gueule.

Le Francky a raconté qu'il s'était pété la mâchoire en tombant du panier à salade.

Il a pris trois mois fermes. Tout le monde a témoigné contre lui. Personne en sa faveur.

On a appris qu'il s'était fait enculer par José en prison.

José, c'est mon cousin. Il était en zonzon parce qu'il avait un peu forcé une nana a lui tailler une pipe au bal. Un sacré déconneur le José.

José, il est à voile et à vapeur, mais on est tolérants, nous autres, ça nous fait rien.

Deux mois plus tard, on a vu Emilie arriver en pleurant. Elle nous a raconté que le ricain s'était pendu dans sa cellule.

Pendu les mains attachés dans le dos, fraîchement enculé. On a rigolé.

José est sorti un mois plus tard.

Il nous a tous surpris, il parlait américain.

« Donte feuque mi » qu'il disait en rigolant.

Clément Paquis ©2013

jeudi 7 février 2013

Fin gourmet

Fin gourmet

C'était arrivé au restaurant.

On en était à l'apéro. J'avais pris un deuxième Ricard.

« Ça va te niquer le palais ! » m'avait lancé mon frère.

Il avait pas tort, mais c'est comme ça. J'aime l'anis.

Mon frère avait commandé une tarte flambée, ma mère une salade composée et moi une entrecôte sauce poivre, flambée au cognac.

Quand le frangin avait vu arriver le morceau, il avait fait la grimace.

  • Comment tu fais pour bouffer cette merde ?

  • J'ouvre la bouche, j'enfourne et je mâche.

  • Tu sais comment ils sont traités, ces bestiaux, dans les abattoirs ?

  • M'en fous.

Et puis on en avait plus reparlé. Le repas s'était bien déroulé, comme toujours.

Bonne viande, bons légumes, bon vin.

Bon resto.

Pas trop cher, propre, service excellent. On y venait depuis presque une décennie.

* * *

C'était un dimanche matin. Y'avait quelque chose dans la boîte aux lettres, ce qui m'étonnait vu qu'on était dimanche matin.

Un genre de bristol avec une adresse, une date et une heure, le tout signé par mon frère.

J'étais curieux, pis mon frère c'est un genre de farceur. J'étais sûr que c'était une connerie.

La date, c'était demain. L'heure c'était midi et l'adresse... Je savais pas.

J'aurais pu chercher sur internet, ça m'aurait pris le temps de le faire, mais j'avais envie de conserver ce petit suspens.

C'est comme ça que je me suis retrouvé devant les abattoirs, le lendemain.

    « Moi, c'est Guy. »

Lui, c'était Guy. Une connaissance de mon frère. Je l'avais aperçu une ou deux fois lors des concours de belote.

« C'est la que j'travaille, viens voir ! »

Guy était un gros type moustachu, casquette vissée sur la tête, mégot planté au coin des lèvres.

Il voulait que je vois.

J'avais vu.

L'abattoir. Les poussins broyés vivants. Les bœufs qui pendaient à la chaîne, sonnées mais toujours en vie, égorgés et se débattant. Convulsant. Les porcs exécutés à la dizaine, des centaines de cadavres comme seul paysage et un bruit de machine qui couvrait le tout.

Les nazis étaient des petits joueurs à coté des mecs qui bossaient dans cet endroit.

J'avais senti la nausée venir, et puis plus rien.

Guy me tenait par les épaules. Il avait l'air paniqué.

«  Je vous aurais rien montré si j'avais su que vous étiez impressionnab' ! »

Je ne suis pas impressionnable, j'ai vu des dizaines de vidéos d'exécution d'otages sur internet. Mais là, avec le bruit, avec l'odeur de la mort et cette industrialisation de l'exécution, et surtout ; avec ce mépris de la vie parce qu'elle n'était qu'animale, c'était trop. Ça puait. J'avais flanché comme une fillette.

Dès le lendemain, j'étais résolu à ne plus jamais bouffer de viande de toute ma vie.

Je m'étais renseigné sur la toile.

De la soupe, du tofu, du poisson tout de même ( je n'arrivais pas à compatir avec le sort des poissons, pas plus qu'avec celui des insectes, va savoir pourquoi...) et des tas de fruits et légumes.

J'ai tenu comme ça un bon moment.

J'étais devenu chiant, je faisais la leçon aux autres. Comme un ancien fumeur la fait aux accrocs de la clope.

On ne m'invitait plus à dîner. Trop chiant, trop compliqué, trop difficile.

À mesure que je perdais du poids, je devenais nerveux, irascible, soupe au lait.

Pour autant, pas question de remettre la main sur de la bidoche. J'étais bel et bien marqué à vie.

* * *

On était dimanche et je me baladais seul dans la forêt. Je cherchais des champignons.

D'un coup, j'ai entendu des coups de feu. Très proches. Très forts.

J'ai gueulé « Oh ! Y'a quelqu'un ici ! »

Des voix qui s'interpellent et puis des types en kakis qui débarquent.

Des chasseurs.

  • M'sieur, c'est dangereux de se promener dans les bois un jour de chasse.

  • C'est jour de chasse ?

  • Ah ça oui !

  • J'ai pas vu d'écriteau !

  • On en a mis, pourtant.

J'avais coupé par les champs pour entrer dans les bois, j'avais pas du voir.

    « V'nez donc avec nous boire un coup ! »

Ils trimbalaient des sangliers morts avec eux, mais étrangement, ça ne me choquait pas.

Un sanglier mort en pleine forêt, tué d'une charge de chevrotine après avoir couru, ça me paraissait moins sordide que les carcasses à la chaîne que j'avais pu voir aux abattoirs. C'était même plus cohérent. L'abattoir n'est pas le milieu naturel de l'animal.

Je les avais suivi dans leur cabane de chasse.

Après un verre de vin chaud, je m'étais laissé allé à goûter, pour faire plaisir, du sanglier rôti.

Bon Dieu que c'était bon.

Je culpabilisais, mais j'en reprenais quand même. Et puis on chantait, et puis le vin réchauffait le corps, et puis j'étais bourré. 

Tard, avant que je finisse par repartir, un chasseur un peu poète m'avait fait tout un discours sur la beauté de la chasse, la fraternité avec la nature, la camaraderie.

J'avais trouvé ça chouette.

Le lendemain, j'achetais un fusil.

* * *

Je chassais depuis plusieurs mois, mais quelque chose passait mal.

J'étais pas mauvais tireur et la forêt, l'ambiance, les copains et la bouffe arrosée le soir, ça me plaisait. Sauf qu'à chaque fois que je tuais un chevreuil ou un sanglier, j'étais rongé par la culpabilité. Je me disais : Un animal, par définition, ça ne peut pas faire le mal. C'est donc innocent. Ça veut dire que je flingue et que je bouffe des êtres innocents.

Et plus je ressassais, moins j'avais d'appétit. Ça a fini que j'ai arrêté la chasse et que je me suis remis à la cueillette des champignons. Et à nouveau j'étais nerveux, aigri, presque dépressif.

C'était jeudi matin quand on a sonné à la porte.

Le facteur m'amenait un colis.

  • Bonjour ! Merci !

  • Il me faut une pièce d'identité, s'il vous plaît.

  • Ah ? Heu … Écoutez, je sais plus où je l'ai rangée.

  • Bon alors faudra passer prendre votre colis quand vous l'aurez retrouvée.

Jamais vu un facteur aussi con.

  • Non mais ATTENDEZ ! Je vis ici, tout le monde me connaît !

  • Moi, j'vous connais pas.

  • Mais putain c'est dingue ! Vous sonnez chez moi !

  • Vous pourriez être n'importe qui d'autre. Vous avez une pièce d'identité ou pas ?

  • DONNEZ MOI MON PUTAIN DE COLIS !

  • Au r'voir m'sieur.

Ah la vache, j'étais énervé. Je lui ai collé mon poing dans la gueule.

J'avais pas prévu qu'il tomberait sur la nuque. J'avais pas prévu qu'elle se briserait.

J'avais pas prévu grand chose, mais comme j'avais pas vraiment envie d'aller en taule, j'ai tiré le corps jusqu'à ma cave.

Et puis je l'ai vidé. Je l'ai pendu par les pieds et je me suis taillé un steak dans sa carcasse de postier.

Celui là n'avait pas d'excuses. Non seulement il n'était pas innocent par nature, mais en plus c'était un gros con.

Je l'ai dégusté avec des patates et la bouteille de Bourgogne que contenait le colis.

Elle était accompagnée d'un mot.

« Revenez quand vous voulez ! »

Signé : vos potes chasseurs.

Je me suis dit que j'allais revenir chasser, mais sans doute pas le même gibier.

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Clément Paquis ©2013

lundi 28 janvier 2013

Un bol de soupe

Un bol de soupe

Alice se tenait derrière le zinc et relisait les quelques pages qu'elle venait de noircir.

Elle rêvait d'être une écrivaine reconnue.

Son roman, elle travaillait dessus depuis des années. Onze ans exactement.

Ça parlait d'amour, de vie, de joie, d'enfants, mais surtout d'amour de la vie.

C'était l'histoire d'une femme qui tenait un café dans une petite ville provinciale, et qui nourrissait secrètement le désir de devenir écrivaine.

Le manuscrit faisait à présent 800 pages.

Elle l'avait déjà présenté à moult éditeurs, mais elle s'était heurtée à chaque fois à un refus poli.

« Affinez votre histoire, madame... »

« Il y a de bonnes idées, mais cela mérite d'être un peu plus travaillé. »

Tous les soirs, Alice écrivait et écrivait encore.

Parfois, elle postait des extraits de ses écrits sur sa page facebook. Tous ses amis la félicitaient. Ils trouvaient ça beau, poétique, « tellement vrai » disait Hugo .

Hugo était un bon ami. Depuis des mois, il faisait la cour à Alice. Il lui offrait des fleurs, il se pointait à l'improviste à son travail. Alice se doutait bien qu'il avait envie d'aller plus loin avec elle, mais une écrivaine doit se consacrer toute entière à sa tâche d'artiste. Pas de place pour un homme.

  • Oh Alice ! Il arrive mon steak ou bien ?

La voix grave de Raymond tira Alice de ses rêveries.

En attendant la postérité, fallait gagner sa croûte. Fallait servir son steak à Raymond.

  • Hé Alice, écoute celle-là !

  • Pardon ?

    PROUT !

Raymond explosa de rire tout en ventilant son cul avec ses mains.

C'était un rigolo, Raymond. Toujours à faire l'andouille.

Le « Cheval blanc », c'était le café-restaurant que tenait toute seule Alice.

À proximité de la nationale, elle avait souvent des routiers pour clients.

C'était le soir qu'elle s'adonnait à l'écriture. Quand le rideau était tiré. Au moment où le dernier client terminait son ballon de rouge.

Alice, Ecrivaine. Elle se voyait signer des autographes, passer dans des émissions télé, donner des interviews sur France culture.

C'est un lundi que c'est arrivé.

Un gros type barbu est entré vers 19h, il a sorti quelques pièces de sa poche, beaucoup de ferraille.

Il a compté ses sous devant Alice et il a demandé « Je peux manger quoi avec ça ? »

Alice a compté. Y'avait vraiment pas grand chose.

« Un bol de soupe maison. »

Le barbu fit « oui » de la tête et alla s'asseoir à coté du radiateur.

De sa poche, il sorti un cahier à spirales, genre cahier d'école, et se mit à griffonner.

Alice lui apporta sa soupe poireaux, pommes de terre et un verre de rouge.

  • Offert par la maison !

  • Merci m'dame.

Alice aimait bien les gens. Ce type avec son cahier l'avait touché.

* * *

Tous les lundis, à la même heure, le barbu venait prendre sa soupe. Il trempait son pain, mangeait lentement, écrivait sur son cahier.

Alice, curieuse, avait fini par comprendre – plus ou moins- qui il était et d'où il venait.

Elle l'avait vu repartir en direction du square.

Dans le square, y'avait rien. Rien, sauf une caravane au milieu des pneus usés et de l'herbe folle.

Dans la caravane, y'avait le barbu.

Après avoir questionné plusieurs clients, elle avait fini par connaître son histoire.

Le barbu s'appelait Marc. Il avait été artisan, marié, il avait même une fille.

Et puis un jour, accident du travail, chômage, divorce.

C'était con dit comme ça, mais tellement banal.

Sa femme l'avait chassé de la maison, il n'avait récupéré que la vieille caravane avec laquelle ils partaient autrefois en vacances. Il y vivait désormais.

Il se lavait à la fontaine. Parfois, il ne se lavait pas pendant plusieurs jours, à cause du froid hivernal. En été, c'était plus facile.

Alice avait fini par se rendre compte que ce bol de soupe qu'il venait prendre ici tous les lundis était sans doute son unique repas de la semaine. Son unique vrai repas, en tout cas, sorti des sacs de chips volés au supermarché du coin et des boîtes de sardines que déposaient parfois devant sa caravane, des passants bienveillants.

Les jours passaient, le roman d'Alice avançait, le barbu continuait à venir, tous les lundis.

Un bol de soupe, un verre de rouge offert et du pain.

Alice s'était attachée à ce pauvre bougre comme on s'attache à un vieux chien.

Elle en parlait à ses clients en ces termes «  Oh, vous savez, j'ai un grand cœur... Qu'est ce vous voulez... Faut bien qu'il mange ce pauvre vieux ! »

Les types du café étaient unanimes ; Alice avait vraiment un grand cœur.

* * *

Ça durait depuis environ six mois.

Lundi, la soupe, le verre de rouge, les pièces sur le comptoir, et à la semaine prochaine.

Alice avait fait de ce barbu un personnage de son roman.

Un vieux pédophile sorti de prison, qui n'avait plus rien à attendre de la vie. Et l'héroïne du livre était la seule à le comprendre et à le nourrir malgré les protestations des villageois.

Alice s'imaginait raconter l'histoire de son livre à la télé. Raconter à quel point c'était presque tiré de faits réels.

C'était donc un lundi soir, et le barbu avait terminé son verre de rouge.

Il s'était levé pour régler et était parti.

Comme tous les jours depuis six mois.

Sauf que ce jour là, alors qu'elle faisait le ménage, Alice trouva le cahier que le barbu trimbalait toujours avec lui, oublié sur le banc.

Curieuse, elle s'en saisit, décidée à le lui remettre après l'avoir bien évidemment examiné de plus près.

Alice passa une nuit blanche.

Ce cul terreux, ce clochard, ce rebut de l'humanité. Elle lisait son cahier comme on découvre une mine d'or.

Chaque page amenait à tourner la suivante. Elle n'avait jamais lu pareille histoire ! Sordide ! Horrible ! Merveilleusement délectable !

Alice fulminait. Elle aurait voulu savoir écrire comme ça. D'ailleurs, elle SAVAIT écrire comme ça ! Bien sûr ! Qu'est ce qui l'en empêchait ? Et puis, elle aurait très bien pu écrire cette histoire ! C'était à sa portée ! Pourquoi n'aurait-elle pas autant, voire plus de talent qu'un vieux clochard puant ? Et puis si ce type avait pu écrire tout ça, c'était bien grâce à son bol de soupe, à son verre de vin et à ce pain gracieusement servi ! On écrit bien le ventre vide ? Non ! On écrit pas bien !

Et puis, c'était sans compter le nombre de fois où elle lui avait OFFERT le café ! OFFERT j'ai dit !

Alice aurait tout aussi bien pu coller une affiche « resto du cœur » sur sa gargote ! Trop bonne qu'elle était !

* * *

Le lendemain, Alice ferma boutique. « Fermeture exceptionnelle ».

Elle se rendit à Paris en train, chez cet éditeur qui l'avait déjà refusée tant de fois.

Quand Edmond Halderman la vit arriver, il lâcha un soupir.

  • Bonjour Alice, je suis très occupé vous savez … Déposez donc votre manuscrit ici et …

  • J'ai du nouveau !

  • Oui, j'en suis sûr ! Déposez donc votre manuscrit ici , et …

  • Faites moi le plaisir de lire ceci ! J'ai fait 300km en train ! Tout de même !

Alice tendit à Halderman un cahier d'école à spirale.

  • Pas terrible, la présentation... grogna Halderman.

  • Lisez !

Blasé, et voulant se sortir de cette situation gênante au plus vite, Halderman commença à lire le contenu du cahier.

Une page après l'autre, son regard s'illuminait. « Bon sang ! Bon sang ! » qu'il répétait.

Arrivé au quart, Alice posa sa main sur les feuilles pour interrompre la lecture.

  • Alors ?

  • Alors ? Alors ? Mais POURQUOI n'avez-vous pas commencé par nous proposer ce chef-d'œuvre ? Pourquoi avoir perdu votre temps avec cet espèce de roman insipide ?

Alice devint toute rouge. Elle répliqua d'un ton sec. « Vous publiez ? »

Halderman se leva d'un coup et explosa : « ET COMMENT ! Je ferais un bien piètre éditeur de laisser passer un tel joyau ! »

Alice se leva, serra la main, dit au revoir, qu'elle reviendrait et qu'il avait son numéro de téléphone.

Dans le train du retour, Alice était seule dans le wagon. Elle vérifia qu'il n y avait personne dans les toilettes, personne pour l'entendre.

« SALAUD ! SALAUD ! SALE PETITE MERDE ! MISERABLE CLOCHARD ! SALAUD ! »

  • Heu … Billet s'il vous plait.

Alice tendit son billet au contrôleur que, dans sa fureur, elle n'avait pas vu arriver.

Le lendemain, mercredi, elle rouvrit son café.

* * *

Le Cheval blanc ouvrait à 7h. À 7h01, le barbu faisait son entrée, paniqué, transpirant.

  • M'dame ! Vous n'avez rien trouvé ?

  • Pardon ?

  • J'aurais pas oublié quelque chose, ici ?

  • Je n'ai rien trouvé !

  • Oh non ! Mon Dieu, vous êtes sûre ?

  • Puisque j'vous l'dis.

  • Vous avez bien regardé partout ? Peut-être que …

  • Oh écoutez ça va bien ! Traitez moi de voleuse pendant que vous y êtes !

  • Je … Non, je n'ai pas dit ça ! Écoutez, c'est important ! J'ai perdu un cahier ! Un cahier à spirales !

  • He bien rachetez-en un autre ! Que voulez-vous que j'vous dise !

  • Non non ! Celui ci, c'est spécial ! Oh vous savez bien ! Vous m'avez vu écrire dessus des centaines de fois !

  • Je n'ai trouvé aucun cahier, monsieur. Maintenant consommez ou partez !

  • Vous êtes sûre ? Le barbu pleurait comme un veau.

  • Certaine. Vous consommez ?

  • Non …

Le barbu tourna les talons, les yeux plein de larmes.

Alice ravala un sanglot plein de bile.

Deux mois plus tard, elle était publiée.

Un an plus tard, elle passait en première partie de soirée dans l'émission très convoitée et très regardée de Laurent Devoy , « Des mots et des œuvres » .

Les chroniqueurs ne tarissaient pas d'éloges sur ce roman.

Prix Renaudot, une œuvre magistrale, un consensus unanime. On entendait ça et là que c'était une honte qu'une telle œuvre n'ait pas obtenu le Goncourt.

Alice tenait à tempérer les ardeurs des médias. «  Ça n'est qu'un bouquin, vous savez... » répétait-elle aux journalistes.

« Quelle humilité ! » Pensaient-ils tous.

* * *

Y avait du monde, dans la salle d'honneur, lorsque le président de la République fit d'Alice un Chevalier des Arts et des lettres.

Y avait personne, dans le square, lorsque le pompier décrocha le cadavre pendu d'un barbu anonyme.

Clément Paquis ©2013

lundi 21 janvier 2013

Le déclin

Le déclin


Tu casses des cailloux, vieillard, sur le chemin ;

Ton feutre humble et troué s’ouvre à l’air qui le mouille ;

Sous la pluie et le temps ton crâne nu se rouille ;

Le chaud est ton tyran, le froid est ton bourreau ;

Ton vieux corps grelottant tremble sous ton sarrau ;

Ta cahute, au niveau du fossé de la route,

Offre son toit de mousse à la chèvre qui broute ;

Tu gagnes dans ton jour juste assez de pain noir

Pour manger le matin et pour jeûner le soir ;

Et, fantôme suspect devant qui l’on recule,

Regardé de travers quand vient le crépuscule,

Pauvre au point d’alarmer les allants et venants,

Frère sombre et pensif des arbres frissonnants,

Tu laisses choir tes ans ainsi qu’eux leur feuillage ;

Autrefois, homme alors dans la force de l’âge,

Quand tu vis que l’Europe implacable venait,

Et menaçait Paris et notre aube qui naît,

Et, mer d’hommes, roulait vers la France effarée,

Et le Russe et le Hun sur la terre sacrée

Se ruer, et le nord revomir Attila,

Tu te levas, tu pris ta fourche ; en ces temps-là,

Tu fus, devant les rois qui tenaient la campagne,

Un des grands paysans de la grande Champagne.

C’est bien. Mais, vois, là-bas, le long du vert sillon,

Une calèche arrive, et, comme un tourbillon,

Dans la poudre du soir qu’à ton front tu secoues,

Mêle l’éclair du fouet au tonnerre des roues.

Un homme y dort. Vieillard, chapeau bas ! Ce passant

Fit sa fortune à l’heure où tu versais ton sang ;

Il jouait à la baisse, et montait à mesure

Que notre chute était plus profonde et plus sûre ;

Il fallait un vautour à nos morts ; il le fut ;

Il fit, travailleur âpre et toujours à l’affût,

Suer à nos malheurs des châteaux et des rentes ;

Moscou remplit ses prés de meules odorantes ;

Pour lui, Leipsick payait des chiens et des valets,

Et la Bérésina charriait un palais ;

Pour lui, pour que cet homme ait des fleurs, des charmilles,

Des parcs dans Paris même ouvrant leurs larges grilles,

Des jardins où l’on voit le cygne errer sur l’eau,

Un million joyeux sortit de Waterloo ;

Si bien que du désastre il a fait sa victoire,

Et que, pour la manger, et la tordre, et la boire,

Ce Shaylock, avec le sabre de Blucher,

A coupé sur la France une livre de chair.

Or, de vous deux, c’est toi qu’on hait, lui qu’on vénère ;

Vieillard, tu n’es qu’un gueux, et ce millionnaire,

C’est l’honnête homme. Allons, debout, et chapeau bas !

Le travailleur et le joueur en bourse,

Victor Hugo.











Approfondir le concept de démocratie avec Dany.

samedi 19 janvier 2013

Boule de neige

Boule de neige

(planche commencée le 16/01/2013)

jeudi 17 janvier 2013

Gauchisme de merde

Gauchisme militant

Gauchisme militant

mercredi 16 janvier 2013

Bonne année, Littérature Française


Pierre Mussy par clementpaquis


Merci, Marc Levy, Thierry Cohen, Guillaume Musso de faire vivre la Littérature Française.

vendredi 4 janvier 2013

Fernand chez le coiffeur

Parfois, la vie vous réserve quelques bonnes surprises.

Ainsi, le dessinateur de Fernand Hitler me contacte ce matin pour me dire qu'il a pris le temps de dessiner une planche tirée d'un de mes scénarios. Le voici :

( plus bas )









( plus bas )



( encore plus bas ...)

( Histoire de pas déborder sur ces putains de colonnes à droite)











































Fernand chez le coiffeur

Voir la BD sur le blog Fernand Hitler.

jeudi 6 décembre 2012

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