Clément PAQUIS

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jeudi 21 avril 2011

Dernière tournée

Je m'appelle Martin, et je bois.

Lorsque je bois, je vois ma femme belle. Je prends plaisir à lui faire l'amour.

Elle est celle que j'ai connu les premiers jours, toujours aussi séduisante, toujours passionnée.

Quand je ne bois pas, mon odorat revient. Ma femme a grossi, elle sent mauvais. Le tabac froid, la sueur... Et son minou que j'ai vu hier n'est plus, à mes yeux, qu'un steak entouré d'une boule de poils similaire à ceux coincés dans le siphon de la douche. Je n'ai pas envie de lui faire l'amour, d'ailleurs elle pue de la gueule. Je sors vite du lit avant d'avoir à la repousser.

Lorsque je bois, je me sens capable de tout faire, de tout entreprendre. Je refais le monde auprès des gens qui m'entourent, je m'engueule, je tacle, j'ai toujours le dernier mot quitte à utiliser la plus condamnable des mauvaises foi.

Je fais des projets en faisant gesticuler mes bras en l'air, que j'aurais ceci et que je pourrais faire cela.

Si on me répond pourquoi ça n'est pas déjà fait, j'argue que ça ne m'intéresse pas. Que je sais juste que je pourrais le faire, mais quel intérêt ? J'aime ma vie comme elle est, et on fini tous pareil, pas vrai ?

Quand je ne bois pas, je trouve le temps long. Les gens heureux m'exaspèrent tout autant que ceux qui font des manières. Je ne supporte pas la vision de ces tribuns improvisés qui me gâchent l'ambiance et me niquent ma soirée.

Si je suis sobre, je préfère la compagnie des miens. Des cyniques, des pessimistes, des aquoibonistes. C'est pas pour ça que je me sens mieux, disons que je ne me sens pas moins bien.

Lorsque j'ai bu, je suis quasiment invincible. Prêt à me battre pour une broutille, un regard de travers, un mot qui me dérange, prêt à croiser le fer même si j'en sors perdant, juste histoire qu'on voit que la bagarre me fait pas peur.

Quand j'ai rien bu, j'évite tous les conflits. Je parle de sujets creux, je suis le Martin que tout le monde connait. Qui dit merci à la factrice qui lui apporte le courrier. Qui laisse la monnaie à la boulangère parce qu'elle est mignonne.

Un type fait son orateur au Café des Indes, il parle et les femmes autour de lui semblent droguées par ses paroles. J'ai pas bien compris ce qu'il raconte. C'est pas lui que j'écoute, c'est ce qu'il provoque. Un sentiment d'animosité. Je me lève et me tire après avoir payé. Je reviendrai peut-être ce soir, allumé à la vodka pour lui péter la gueule si il est toujours là.

Sauf qu'aujourd'hui, c'est moins drôle. On m'annonce que si je n'arrête pas, je passerai de vie à trépas.

Dur de prendre une telle décision quand on a , comme moi, vécu toute sa vie par le prisme du Whisky. Alors j'arrêterai pas. Le monde sans alcool est bien trop triste pour que j'accepte de le supporter. Si c'est ça la vie, alors autant crever.

Je me rassure puisque de toutes façons, tout cela se terminera comme ça a commencé.

Et puis quand je serai dans mon lit d'hôpital, condamné, l'intraveineuse m'injectera de puissants sédatifs qui me feront oublier ma douleur et la raison de ma maladie. Je serai trop shooté pour remettre en question mon existence, et jusqu'à la mort, aux soins palliatifs ; la morphine remplacera le Whisky.

lundi 20 décembre 2010

Perfidie amicale

Ce texte est un extrait d'un bouquin que j'écris depuis pas mal de temps, dont le thème est "le coté perfide de l'amitié" . Titre encore non défini.

De ce groupe de quatre femmes, Betty était sans doute la plus laide. La laideur, on y peut rien. C'est comme ça. Mais de ce groupe de quatre femmes, Betty était sans doute la plus vile. Pourquoi? Oh... Sans doute pourrait-on lui trouver myriades d'excuses et autres prétextes, comme on le fait pour les violeurs et autres meurtriers en série. Enfance malheureuse, société de consommation, Nicolas Sarkozy... Mais le fait est que les défauts constituent la personnalité de l'être. Et Betty avait ce défaut à variantes multiples : la jalousie.

De ce groupe de quatre femmes, toutes étaient ou avaient été mariées. Certaines avaient retrouvé l'amour après un divorce pénible. D'autres non. D'autres, encore, étaient très heureuse dans la vie de couple. Pas Betty. Après avoir fait une cure de nourriture grasse et ainsi pris les kilos qui avaient contribué à l'enlaidir, -mais c'était la faute à Macdo, aux calories, à la météo... Pas la sienne voyez-vous- son mari l'avait quitté pour une femme plus gentille et moins laide.

Betty avait obtenu la garde et vivait seule avec sa fille dans un petit village perdu de basse-normandie. C'est une histoire bien triste, mais tellement banale. Comme cela arrive souvent dans ce type de situation, Betty était devenu allergique au bonheur des autres. Même si elle pouvait chialer devant « le journal de Bridget Jones » en pensant bien fort que les mecs étaient tous des salauds et qu'elle s'identifiait bien à cette pauvre Bridget dans ses malheurs relationnels; elle était quoiqu'il arrive, toujours la première à se risquer à nuire à celles de ses amies qui oseraient caresser l'espoir de parvenir à retrouver le bonheur avec un homme. Non. Si Betty n'était pas heureuse, personne ne devait l'être. Alors forcément, lorsque Louise avait annoncé à ses copines avoir fait la connaissance d'un homme après tant d'années de solitude, Betty avait ressenti comme un menace imminente pour son moral de dépressive. Elle savait ce que ça signifiait. Cela voulait dire qu'elle n'aurait plus l'occasion de geindre dans les bras de la dernière du groupe de ces quatre femmes à être triste, mais surtout qu'elle ne pourrait plus se sentir à égalité dans la déprime avec celle-ci. Elle deviendrait la seule malheureuse de la bande. Horreur! Non ! Non ! Alors Betty, bien naturellement, commença par se réjouir jaune pour Louise. Lui affirmant qu'elle était heureuse pour elle, qu'elle le méritait bien. Et puis elle avait enchaîné dans les jours qui suivent avec un discours différent. Et ce type, il fait quoi dans la vie? Tu sais quoi sur lui? Il vient d'où? Tu le connais peu... Ça ne t'inquiète pas? Louise n'aurait pas pensé à tout ça si cette connasse de Betty ne le lui avait pas collé en tête. Maintenant elle y pensait.

La finalité de l'histoire pourrait être funeste, autant que la toxicité dont peuvent faire preuve les personnes dépressives qui ne vivent bien qu'entourées de fantômes. Mais la ligne 4 changea tout. Le bus de la ligne 4 percuta un lundi matin le véhicule de Betty alors qu'elle se rendait au travail.

Pour autant : elle survécu. Elle survécu, mais perdit l'usage de la parole. Et comme il est difficile d'agiter sa langue de vipère si aucun mot ne sort.



Clément Paquis © 2010

lundi 28 juin 2010

Canicule [ 1 ]

- Qu'est ce que t'as .

- Du mal à respirer

C'était franchement pas surprenant, 32° à l'ombre, une chaleur sèche et étouffante et pas l'ombre d'un coup de vent à l'horizon.

Francis avait gardé son t-shirt gris clair, complétement imbibé de sueur.

Asif, lui était couché sur le dos et respirait bruyamment.

Le cagnard avait gagné le combat dès le levé du soleil. Ça tapait sec et rien ne semblait devoir l'empêcher de mettre à terre ces deux lascars perdu au milieu de rien.

- Dans le frigo, y'a à boire?

- Oui, mais que de la bière.

Péniblement, Asif s'était levé pour se diriger en titubant vers le petit réfrigérateur blanc qui faisait un bruit de moteur d'avion de tourisme.

Francis lui retint la main.

- Arrête! On doit tenir encore un moment...

- Mais je vais crever si je bois rien là !

- L'alcool, c'est pas halal.

Asif fixa Francis avec colère.

Evidemment que l'alcool était prohibée par l'Islam. Mais très franchement, Asif aurait pu boire le sang d'un mort tant sa gorge le brûlait.

La soif troublait sa vue et il en voulait à Francis d'utiliser sa foi contre lui.

- Enfant de pute...

Francis laissa passer l'insulte. Il comprenait et était lui même suffisamment terrassé par la chaleur pour avoir envie d'entamer une dispute sur la courtoisie des uns et des autres.

C'était un petit village dont toutes les maisons étaient faites en pierres de taille.

Un morceau des Cévennes abandonné depuis belle lurette, mais c'était là que Francis et Asif devait être.

C'est au pied de cette fontaine qui n'avait plus pissé d'eau depuis des décennies que le-gros-au-souffle-court leur avait dit de se pointer.

Il leur avait promis un frigo tiède branché sur un groupe électrogène. Ça serait pour l'attente qu'il avait expliqué.

Et quelle attente. Et quelle chaleur.

Francis ne connaissait rien de pire que cette sensation de fatigue permanente, l'impression d'être un malade cardiaque qui s'essouffle au bout de quelques pas.

L'Homme n'est vraiment pas fait pour vivre à ces températures, se disait-il.

* * *

vendredi 14 mai 2010

Paul & David, histoire d'une compensation sociale maladive

Paul, il a un bon job. Un bon poste.
Il a bossé vachement d'années, il a enchaîné les stages et les cours d'économies et de finances pour apprendre à devenir un bon enculé.
Le meilleur.

Il a apprit à ... Bosser pour une banque d'affaire.
A devenir en quelque sorte "acteur de la crise économique mondiale".

Il le sait ce con, mais il s'en fout. Son problème existentiel du jour, c'est "quelle sera la couleur de mon sofa?" .

Paul, il n'est pas né d'une famille modeste.

Déjà dans le berceau, il avait un lingot enfoncé dans le cul.

Il était fabriqué par des connards pour devenir un connard.

Règle n°1 : mépriser les gueux.

Règle n°2 : afficher sa richesse.

Règle n°3 : ne jamais déroger aux deux premières règles.

Paul a suivi à merveille le cul doré de sa famille de petit bourgeois en respectant les règles de castes.

"Que tu es gueux! Que tu es excrément!" Paul en a fait sa religion.

Pourtant, Paul n'a aucun mérite.

C'est un petit fils de pute,riche rentier dont l'avenir était assuré quelques soient ses choix.

Il aurait pû être un chômeur riche.

David, quant à lui, il aurait bien aimait être riche. Naître sous la noblesse apparente d'un Paul. Mais non.

Fils de fonctionnaire, conducteur de super-cinq, il ne pouvait pas rivaliser avec le riche détenteur des clefs d'une Audi TT .

Lorsque Paul obtient son premier pass pour le monde du fric; David est prêt à le sucer pour faire partie de cette "caste" .

Lorsque Paul épouse une barbie, David prend la poupée générique.

Lorsque Paul achète une grosse maison, David loue un moyen- appartement.

La vie de David ne sera jamais celle de Paul.

Mais les deux auront ce point commun : le superficiel. La suffisance. La connerie, et au bout du compte : une vie de con, avec des gens cons, des enfants cons et une mort tristement ordinaire.

Rien n'aura servi à David de pomper Paul pendant toutes ces années, et rien n'aura servi à Paul de le laisser faire.

Ces deux cons auront 87 ans et des arrières petits-enfants sans être parvenus à comprendre pourquoi.

Leur vie n'aura été que le résultat d'une suite de choix qui ne leur appartient pas.

Riche et con. Le con enviant le riche, le riche ne se rendant pas compte de sa connerie.

Et la même fin pour les deux: un caveau. Sans reste mémorielle.

Dans 30 ans, personne ne se souviendra ni de Paul ni de David.

Sauf peut-être l'arrière petit-neveu, anticonformiste, curieux de ses origines et qui lors d'un repas de famille demandera, le doigt pointé sur une vieille photo :
"Mais c'est qui ce trou du cul? "

Clément PAQUIS ©2010

mercredi 12 mai 2010

Dans la peau d'une femme (exercice de style)

Sylvie c'est moi.

Assistante de direction c'est un boulot qui me bouffe complétement!
Je suis du genre "boulot-boulot" comme le disent mes collègues!

D'après mes amis, je suis une femme plutôt fofolle, qui a du caractère et j'adore faire chier mon monde! (on se refait pas !)

Autant vous dire que ma carrière passe avant les hommes!
Et les hommes passent par mon filtre avant d'entrer dans mon cœur ou dans mon lit...
Peut-être dans les deux?

Je les vois un peu comme des animaux. Ils ne comprennent jamais les messages que les femmes leur envoient.
J'ai l'impression qu'il faudrait presque leur toucher le paquet pour leur faire comprendre qu'ils nous plaisent!

Aucune subtilité.

Je suis féministe, et ardente féministe! Le droit des femmes dans le monde a être respectées, c'est mon combat.

Je suis révoltée par la prostitution, ces gens qui louent des films pornographiques ça me fait froid dans le dos!

Je ne suis pas un morceau de viande! Je veux qu'on me respecte pour ce que je suis!

Je tiens un blog où je raconte mes histoires! J'ai au moins 30 lecteurs fidèles!

Les avances que me fait mon patron, ce macho.

Les commentaires sexistes que j'entends de la bouche des mes collègues, ces porcs!

Je ne suis pas inaccessible, juste sélective. C'est normal ! Je veux un homme qui comprenne que je dois pouvoir m'épanouir en tant que femme, et pas en tant qu'épouse ou qu'esclave! Ah ça , être une boniche JAMAIS!

Les mecs, la plupart du temps, ne veulent qu'une chose. Du sexe.

Si ils savaient qu'un simple vibromasseur est en mesure de les remplacer, ils feraient moins les malins !

Ce soir, j'ai rendez-vous avec un jeune homme fort sympathique que j'ai rencontré sur meetic.

Je me suis fait toute belle et il a réservé pour nous deux dans un restaurant chic "La Marmite Des Dieux" .

Je l'attends, il est en retard d'environ 10 mn, mais c'est samedi soir et la circulation est dense. Je prends donc mon mal en patience en sirotant un martini blanc.

Au bout d'un demi-heure, je tente de le joindre sur son portable: Répondeur.

Le mufle!

Je lui laisse tout de même le bénéfice du doute et j'attends encore un peu... Disons 30 minutes de plus...

J'en suis à mon 5eme martini et j'ai un peu la tête qui tourne.

Ça fait 1h et demi que je poireaute! J'en ai assez , je fulmine!

Je me lève et sort du restaurant en criant que les hommes sont tous les mêmes, des PORCS, RUSTRES !

Arrivée chez moi, je vérifie mes e-mails. J'en ai un de lui.

" Sylvie, je t'ai vu ce soir assise à la table que j'avais réservé. Je n'ai pas pu venir à ta rencontre. Par rapport à ta photo, tu as au moins 30kg en plus! Tu n'as pas été honnête avec moi, alors même si ça n'est pas correct de ma part de t'avoir posé un lapin, j'estime en conséquence que nous sommes quitte."

LE CONNARD !

Je lui réponds très vite un e-mail lui expliquant qu'il n'est qu'un porc, que de toutes façons c'était un test pour savoir si ce qui importait pour lui était la beauté intérieur et non l'apparence physique.

Ensuite, je bloque son adresse et j'efface son numéro de téléphone.

Quand j'aurai mon anneau gastrique, je me vengerai.

Mais en attendant, je vais raconter cette mésaventure sur mon blog avec un titre bien vengeur : "les hommes sont des porcs".

Clément PAQUIS ©2010

mercredi 5 mai 2010

Le fil rouge du normatif

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Adam regarde la télé.

C'est la 2 et ça parle de Gaza.

Israël a intensifié ses attaques, utilise des bombes au phosphore blanc interdites par les conventions internationales.

Adam pioche dans son paquet de chips.

"Pas cool."

Il mâche.

"T'as dit quoi loulou?"

Sa femme, Julie, lui pose la question en gueulant depuis la cuisine où elle est au téléphone.

Julie discute avec sa collègue de boulot. Elle dit que c'est vrai qu'Aurélie n'aurait jamais dû mettre une jupe pareil pour venir au boulot.
Que ça fait pute.

Adam change de chaîne.

Un pétrolier a échoué au large de l'Adriatique. Marée noire, catastrophe et cadavres de bêtes en tout genre.

"C'est la merde." Il dit.

Et puis il avale le reste de sa bière.

Adam bosse comme agent de sécu dans un casino.

Son job c'est de jouer les gros bras quand un client trop allumé à la vodka pète les plombs. Adam aime à se prendre pour un flic.

Un 56ème suicidé chez France-télécom.

"C'est moche" commente Adam.

Ce qui est moche, c'est que sa femme se fait tringler par son patron pour ne pas à avoir à pointer au chomage.

Mais ça, Adam l'ignore. D'ailleurs, de son couple, Adam ne sait pas grand chose si ce n'est qu'il existe plus ou moins.

Des gens meurent, des journalistes sont pris en otages, des religieux se font la guerre, des femmes réclament le droit d'avoir le même droit que celui des hommes ; à savoir : soumettre.

Et Adam se gratte les couilles en commentant. "Quel monde de fou."

Adam et son épouse vivent au 5ème étage d'un petit immeuble à Courbevoie.

Ils se subissent l'un l'autre, trop crevés pour avoir à réfléchir à la pertinence de leurs vies respectives.

En week-end, ça bouffe par réflexe et fornique par habitude.

Le sacro-saint devoir de soumission envers le Dieu Travail a fini de les transformer en limace et le fruit de leur révolte ne dépasse pas l'épaisseur de l'écran plasma qui trône sur la table-basse du salon.

Le commandant Mougali, dans un pays bananier d'Afrique central obtient son 4eme mandat de 8 ans.

"Pays de barbare."

On voit en image des opposant au régime se faire tirer dessus par la Junte au pouvoir.

Adam secoue la tête en croquant ses chips.

Une fois la télé éteinte, ce qui se passe à l'éxtèrieure ou même à l'intérieur du pays ne sera plus son affaire.

La télévision permet à l'homme de prendre de la distance sur ses vices, sa vraie nature et sa capacité à faire le mal.

Par la fenêtre, un bruit strident le distrait. Du bruit. Un genre de sirène.

"Ma caisse!"

La Seat Leon d'Adam bruisse.

L'alarme a été déclenchée. Alors il descend 4 à 4 les marches de l'immeuble pour finir en caleçon au milieu du parking.

Une bande de jeune désœuvrés a pété les vitres de sa bagnole et a balancé un cocktail molotov à l'intérieur.

Adam fulmine et laisse exploser sa haine. Il n'aurait sans doute pas dû, mais il est descendu avec ce 9mn acheté au black .

Il fait feu et tue net deux des trois jeunes.

Le survivant s'enfuit et prévient la police.

***

Trois jours plus tard, Yves regarde les infos.

"Un déséquilibré exécute de sang-froid deux jeunes de son quartier"

"Monde de dingues" se dit Yves en piochant dans son paquet de chips.

Clément PAQUIS ©2010

dimanche 2 mai 2010

Délit de savoir

"Je veux de quoi écrire!"

Le maton hausse un sourcil, étonné. Celle-là, on lui a jamais faite.

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"Tu veux pas une bonne bouffe plutôt?"

Du fond de sa Cellule, Audric répète : "Je veux du papier et un stylo!"

Le maton a l'air emmerdé.

"Attends voir."

Il prend son talkie-walkie.

- Yo Fred, tu me reçois?

- Yo Mike, 5 sur 5! Un soucis ?

- Juste une question, c'est quoi un "stylo" ?

- Aucune idée Mike. Mais attends, je vais voir sur google.

Le crépitement du T-W se termine. Le maton observe Audric assit sur son lit. Impassible.

- T'es vraiment un spécimen bizarre toi.

- Je suis pas un "spécimen" abruti.

Le maton a une furieuse envie de venir dérouiller à coup de bâton cet insolent condamnée à mort. Il se retient.

***
'' Quelques années plus tôt''

{{ Et le décret prohibant la libre diffusion de musique à été voté par la nouvelle assemblée générale de l'oligarchie gouvernementale à 56 voix sur 57. Monsieur le député Millet, le seul à avoir voté contre, a été déféré ce soir au Tribunal Politique de la Pensée}}

Audric éteint la télé.

"Comment on a pu descendre si bas?"

Dans le tiroir d'un grand classeur en bois de chêne verrouillé, il y'a une bouteille de Whisky et un paquet de cigarettes blondes.

Après avoir fermé les volets, Audric se sert une rasade de cet alcool prohibé et fume une de ces cigarettes de contrebande.

Comment ? Il le sait.

En 2026, le second mandat du Président Madelin débute.

Il sera jugé comme humainement nocif :

- tabac

- alcool

- café

- produits trop sucrés (soumis à une reglementation drastique)

- Oxygène en bombonne,

ainsi que toute activité pouvant nuire à la productivité nationale.

"L'Homme doit être responsable dans la plus fine parcelle de son être, De ses actes. Si il est dépendant d'une drogue, alors il n'est plus un homme."

La foule scande le nom de Madelin.

Audric travaille le bois. Pas le choix, c'était la Loi.

Le décret du 4 octobre 2019 déclare :

- Que chaque citoyen n'occupant pas une fonction vitale pour l'Etat était déclaré de fait nuisible à l'Etat.

De professeur de musique, et pour éviter la prison, Audric a accepté une formation de menuisier.

"Reclassement ordonné et disciplinaire" lui beugle à l'oreille son formateur.

Et 10 mois plus tard, un diplôme en poche, Audric ponce une chaise.

Et puis, les gens de la milice l'arrête un soir d'hiver, chez lui.

Enfermé, torturé, il avoue. Il avoue tout ce qu'on veut bien lui faire avouer pourvue que cela cesse!

Le fonctionnaire Lornac retire les électrodes de l'anus d'Audric. "Vous serez jugé bientôt."

***

Le T.W fait "tchhhh" .

- Ouais?

- Yo! J'ai trouvé. Un stylo c'était un genre d'outil que les anciens utilisaient pour écrire avant Internet.

- Reçu. Terminé.

Le maton colle son front sur les barreaux de la cellule d'Audric.

- Alors tu veux écrire? C'est ça l'idée?

- Oui.

- Et tu veux pas plutôt un bon burger?

- Juste écrire ça m'ira.

- Tu sais que c'est pas légal tout ça.

- Et alors? Je suis condamné à mort. On va pas me couper la tête deux fois!

Le maton réfléchit.

Au fond pourquoi pas. C'est un condamné, ses lubbies ne risque pas d'emmerder qui que ce soit.

"Je reviens" .

Audric acquiesce du fond de sa geôle.

Le maton est bien emmerdé.

Non seulement il vient d'apprendre ce qu'est un stylo et à quoi ça sert, mais en plus c'est illégale, prohibé et il ne sait pas où en trouver.

C'est à la porte du directeur de la prison ND900 que le Maton frappe.

"Entrez!"

Après quelques explications hésitantes, le directeur de la prison ouvre un tiroir et sort un stylo-plume Mont-Blanc.

- Je vous préviens, c'est une antiquité et j'ai un permis pour ça. Je veux le revoir dès que le condamné en aura fini.

- Bien sûr monsieur!

Le maton se saisit de l'objet comme si il s'agissait d'une pierre précieuse.

Il trottine jusqu'à la cellule d'Audric, le précieux objet entre les doigts.

- Tiens, mais fais gaffe! J'y joue ma carrière si tu l'abîmes!

- N'aies crainte."

***

Il est 5h30. Trois maton viennent saisir Audric pendant son sommeil pour le ceinturer. Audric hurle qu'il ne veut pas mourir.

"Soyez courageux" lui glisse son avocat.

Le maton sort un tube blanc de sa poche.

- Dernière cigarette?

Audric, dans sa stupeur, questionne : "Mais, c'est interdit!"

Le maton tend la cigarette. "Tout est interdit. Et il parait qu'avant, c'était la coutume de donner de quoi fumer et de quoi boire à un futur guillotiné."

Audric prend et allume la cigarette. Il tire quelques bouffées en pleurant.

"J'ai pas pu trouver d'alcool, désolé".

Audric secoue la tête et tire sur sa cigarette avec frénésie.

- Pas grave.

Rase la nuque. Baisse le col. Attaché sur la planche de l'échafaud.

La lame tombe.

***

Dédé est balayeur dans la prison.

"Faudra nettoyer les draps, il a sué comme un cochon!"

Puis, soulevant le matelas, Dédé trouve des feuilles.

- Oh chef!

- Ouais dédé !

- y'avait ça chez le mort.

- c'est quoi?

- J'sais pas.

Le chef regarde les derniers écrits du condamné de la veille, mais bien qu'il sache lire, il ne comprend pas.

"Sans doute un délire..."

***

An 2087.

Le conservateur du musée des vices passés feuillette avidement ce que l'Etat lui a permit, à force de procès, de consulter. Son assistant, curieux, demande : "Quelle est-donc cette écriture étrange? Est-ce là du Grec ancien?" Le conservateur se passe plusieurs fois la main dans les cheveux, absorbée par ce qu'il a sous les yeux.

" C'est une partition. Une partition..."

***

En l'an 2114, au lendemain du coup d'état des démocrates-unis. Le prix Nobel de la musique est délivré à titre posthume à Audric Viocet, pour sa "symphonie du condamné" .

Clément PAQUIS ©2010

jeudi 29 avril 2010

Le repas du vieux

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"Y'a de quoi bouffer au moins là-dedans?"

Il a l'estomac qui grouine le vieux. Trainer sur un âne, c'est plus de son âge.

45 ans et la mort qui l'attend en embuscade au coin d'une cirrhose, que j'me demande combien de temps y va encore lui faire la nique à la Faucheuse.

L'année 1685 n'a pas été la meilleure pour lui.

L'humidité attaque son dos, et à peu près tout ce qui grouille dans sa carcasse.

"J'ai faim bordel!"

Je lui balance une baffe. Il sait bien que c'est moi qui décide si on s'arrête pour pisser ou chier, ou si on continue.

Il est plus capable comme dans l'temps de me tenir tête, à l'époque où il avait dix bons kilos de muscles en plus et où il jouait avec un bâton comme un maître d'arme peut jouer avec un fleuret.

- Couillon ! Je viens de trouver une Auberge alors tu vas la jouer fine parce-que c'est la seule et qu'il fait nuit.

- Je dis rien.

- J'ai pas envie de pioncer dans un buisson, alors tu vas sortir des manières de bourgeois et faire bonne impression.

- Bonne impression ouais.

- Et puis essuie toi la gueule ! T'as encore du sang autour des babines!

Il se pourlèche.

Faut dire que y'a trois jours, une bande de malandrins ont voulu nous écorcher la gueule et voler nos bourses.

Sauf qu'ils savaient pas qui je trimballais sur mon âne.

On va dire que les trois quarts du temps, c'est une poche à vin, un ivrogne. Méchant et vicieux comme le Diable.

Il a été mercenaire du Roi en Prusse. Il a dû suriner des nobles pour le compte du Royaume de France, un genre d'assassin sur gages, mais du genre bien doué.

Y'en avait quatre. Le premier avait une gueule à mourir bientôt. "Holà l'ami ! Tu traînes quoi sur ton âne?"

Le vieux roupillait à moitié.

"On veut juste passer, pas d'histoire."

Le rapineur savait ce qu'il voulait.

- Le vieux, il vaut quoi ?

- Il vaut rien.

- Moi j'dis qu'il vaut quelque chose.

- Je dis qu'il vaut rien. C'est juste un vieux fou malade.

Sur quoi je m'étais retrouvé lame sous la gorge.

Les trois camarades du voleur avançaient vers l'âne qui, tout à coup, s'est mis à braire.

Le vieux s'est réveillé, et là , je vous le jure, j'ai vu un miracle.

Sa main gauche a dégainé son épée en un éclair qui a suffit à égorger du bout du piquant le bandit qui était sur sa gauche. D'un coup, il s'est retrouvé sur ses jambes, sa capuche cachait son visage.

Pendant que le premier brigand rendait l'âme dans un bruit de cochonnaille égorgé; les deux autres se faisaient perforer par son épée qui virevoltait si rapidement qu'on ne la percevait pas.

Une fois les trois bandits morts, il était remonté sur son âne et avait regagné son sommeil.

J'étais seul face à ce qui me semblait être le chef.

Dans sa surprise, il avait perdu tous ses moyens. Pas moi.

J'avais saisit ma dague et l'avais planté direct au coeur.

Il crache du sang. Il hoquète.

Il crève. On reprend la route.

***

- J'ai faim ! Et j'ai soif ! Du vin !

- Ta gueule le vieux! J'veux pas qu'on se fasse tricart à peine arrivé.

Je pousse la porte de l'Auberge. Il y'a une dizaine de types qui là-dedans qui avalent des repas bien digeste et du vin rouge.

- Aubergiste !

- Oué m'sieur.

- Une table pour deux. On a grand faim!

- 'T'suite m'sieur.

Je me cale le cul sur une chaise.

"Je te préviens que JE choisis le menu" me dit le vieux.

J'acquiesce.

De sa poche, le vieux sort une bourse que je ne lui connaissais pas.

En grommelant, il balance trois écus d'or sur la table en bois de chêne sous l'oeil envieux des poivrots de la table d'à coté.

- On veut bien bouffer.

Il dit.

L'aubergiste attrape frénétiquement les pièces et demande : "Messire désire?"

Foutre Dieu! Que je sois damné si ce gros cul d'aubergiste a déjà utilisé ces mots auparavant!

- Boire, manger. Vin rouge. Viande.

Le vieux a parlé et l'aubergiste se réfugie dans son arrière boutique, prêt du fourneaux.

Le vieux ne parle pratiquement que comme ça. Mot par mot. Depuis l'hiver dernier où il s'est retrouvé muet après avoir été retrouvé dans la neige, évanoui, il parle bizarrement.

Le soleil est couché et bien couché.

La femme de l'aubergiste verrouille à clef la porte.

"A cette heure , c'est plein de malfaisants là-dehors!" nous lance t'elle.

Je la crois sans problème.

L'aubergiste arrive les mains pleine.

D'une grosse marmite qu'il pose sur la table assez brutalement émane des odeurs de lard et de pomme de terre.

Je bave et le vieux sourit.

Il est content le vieux. La bouffe c'est vraiment la seule chose qui le fait encore vivre.

- DU VIN!

Il gueule.

L'aubergiste prend le relai en criant à sa femme : "DU VIN SERVANT , FEMME! "

Elle revient avec un pichet de rouge.

Et la ripaille commence.

Au bout de deux jours à ne becqueter que du lapin sec ou du faisan, on apprécie un repas cuisiné.

Le vieux boit un premier verre de vin cul sec et pousse un "haaaaa" de satisfaction en même temps qu'il se ressert.

Moi aussi, j'ai grand appétit, mais je n'ai définitivement pas la même aptitude à m'engraisser que le vieux.

Dans la chair de la poularde qu'on lui présente, il plante sa dague et se ramène si rapidement en bouche les morceaux de viande que je crains qu'il ne se transperce le palais du pointu de sa lame.

Nous buvons. Il me jète un regard espiègle alors que l'aubergiste apporte à sa demande un second pichet de vin. Puis un troisième. Puis un quatrième.

Je suis saoûl. Pas lui.

La viande est ingérée, il demande du fromage.

"Ben, c'est qu'on en a guère ici Monseigneur." Le vieux prend son air des mauvais jours.

La femme de l'aubergiste donne un coup d'épaule à son époux : "Y'a bien la tome du gros Louis!"

- C'était pour nous non?

- Et alors? Y paye ! Y mange!

L'aubergiste n'est pas décidé jusqu'à ce que le vieux lâche deux autres pièces d'or sur la table. Des pièces qui valent largement et cent fois une tome de fromage.

La chair du fromage, légèrement coulante est exposée sous nos nez.

J'ai trop mangé, j'ai envie de rejoindre ma chambrée mais je me dois de m'occuper du vieux.

Le vieux s'occupe pourtant très bien de lui-même manifestement. Il étale son fromage sur de large tranche de pain qu'il avale, le tout arrosé de vin. Combien de litres a t-il éclusé ? J'ai arrêté de compter à partir du 4eme.

Je prends conscience que l'assistance nous regarde, hébétée.

Ce repas pantagruelique est une surprise pour ces paysans en période de disette. Presque un affront sans doute.

Et puis, le vieux se sert maladroitement un dernier verre de vin. Il boit et sort son épée.

" A LA GLOIRE DE DIEU!" hurle t-il en postillonnant du vin.. (du sang?)

Il plante sa lame en plein milieu de la table et s'effondre en arrière.

Mort.

Tous les regards se portent sur moi.

Moi le frêle, même jeune, je ne pourrais pas lutter contre quelques cul-terreux avide de gagner quelques pièces avec facilité. Mon corps serait facile à faire disparaître en ces contrées.

J'opte pour le consensus.

Je m'empare de la bourse qui reste bien remplie, et la jette vers ces paysans.

"Partagez-vous ça comme vous voulez, mais n'attentez pas à ma vie lorsque je serai sur ma couche."

Echanges de regards entendus.


***

En 2010, un guide ne sait pas répondre à la question du gosse qui lui demande pourquoi cette Auberge porte le nom de "l'Auberge du dernier Templier".



Clément PAQUIS ©2010


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