- Qu'est ce que t'as .

- Du mal à respirer

C'était franchement pas surprenant, 32° à l'ombre, une chaleur sèche et étouffante et pas l'ombre d'un coup de vent à l'horizon.

Francis avait gardé son t-shirt gris clair, complétement imbibé de sueur.

Asif, lui était couché sur le dos et respirait bruyamment.

Le cagnard avait gagné le combat dès le levé du soleil. Ça tapait sec et rien ne semblait devoir l'empêcher de mettre à terre ces deux lascars perdu au milieu de rien.

- Dans le frigo, y'a à boire?

- Oui, mais que de la bière.

Péniblement, Asif s'était levé pour se diriger en titubant vers le petit réfrigérateur blanc qui faisait un bruit de moteur d'avion de tourisme.

Francis lui retint la main.

- Arrête! On doit tenir encore un moment...

- Mais je vais crever si je bois rien là !

- L'alcool, c'est pas halal.

Asif fixa Francis avec colère.

Evidemment que l'alcool était prohibée par l'Islam. Mais très franchement, Asif aurait pu boire le sang d'un mort tant sa gorge le brûlait.

La soif troublait sa vue et il en voulait à Francis d'utiliser sa foi contre lui.

- Enfant de pute...

Francis laissa passer l'insulte. Il comprenait et était lui même suffisamment terrassé par la chaleur pour avoir envie d'entamer une dispute sur la courtoisie des uns et des autres.

C'était un petit village dont toutes les maisons étaient faites en pierres de taille.

Un morceau des Cévennes abandonné depuis belle lurette, mais c'était là que Francis et Asif devait être.

C'est au pied de cette fontaine qui n'avait plus pissé d'eau depuis des décennies que le-gros-au-souffle-court leur avait dit de se pointer.

Il leur avait promis un frigo tiède branché sur un groupe électrogène. Ça serait pour l'attente qu'il avait expliqué.

Et quelle attente. Et quelle chaleur.

Francis ne connaissait rien de pire que cette sensation de fatigue permanente, l'impression d'être un malade cardiaque qui s'essouffle au bout de quelques pas.

L'Homme n'est vraiment pas fait pour vivre à ces températures, se disait-il.

* * *