Ce texte est un extrait d'un bouquin que j'écris depuis pas mal de temps, dont le thème est "le coté perfide de l'amitié" . Titre encore non défini.

De ce groupe de quatre femmes, Betty était sans doute la plus laide. La laideur, on y peut rien. C'est comme ça. Mais de ce groupe de quatre femmes, Betty était sans doute la plus vile. Pourquoi? Oh... Sans doute pourrait-on lui trouver myriades d'excuses et autres prétextes, comme on le fait pour les violeurs et autres meurtriers en série. Enfance malheureuse, société de consommation, Nicolas Sarkozy... Mais le fait est que les défauts constituent la personnalité de l'être. Et Betty avait ce défaut à variantes multiples : la jalousie.

De ce groupe de quatre femmes, toutes étaient ou avaient été mariées. Certaines avaient retrouvé l'amour après un divorce pénible. D'autres non. D'autres, encore, étaient très heureuse dans la vie de couple. Pas Betty. Après avoir fait une cure de nourriture grasse et ainsi pris les kilos qui avaient contribué à l'enlaidir, -mais c'était la faute à Macdo, aux calories, à la météo... Pas la sienne voyez-vous- son mari l'avait quitté pour une femme plus gentille et moins laide.

Betty avait obtenu la garde et vivait seule avec sa fille dans un petit village perdu de basse-normandie. C'est une histoire bien triste, mais tellement banale. Comme cela arrive souvent dans ce type de situation, Betty était devenu allergique au bonheur des autres. Même si elle pouvait chialer devant « le journal de Bridget Jones » en pensant bien fort que les mecs étaient tous des salauds et qu'elle s'identifiait bien à cette pauvre Bridget dans ses malheurs relationnels; elle était quoiqu'il arrive, toujours la première à se risquer à nuire à celles de ses amies qui oseraient caresser l'espoir de parvenir à retrouver le bonheur avec un homme. Non. Si Betty n'était pas heureuse, personne ne devait l'être. Alors forcément, lorsque Louise avait annoncé à ses copines avoir fait la connaissance d'un homme après tant d'années de solitude, Betty avait ressenti comme un menace imminente pour son moral de dépressive. Elle savait ce que ça signifiait. Cela voulait dire qu'elle n'aurait plus l'occasion de geindre dans les bras de la dernière du groupe de ces quatre femmes à être triste, mais surtout qu'elle ne pourrait plus se sentir à égalité dans la déprime avec celle-ci. Elle deviendrait la seule malheureuse de la bande. Horreur! Non ! Non ! Alors Betty, bien naturellement, commença par se réjouir jaune pour Louise. Lui affirmant qu'elle était heureuse pour elle, qu'elle le méritait bien. Et puis elle avait enchaîné dans les jours qui suivent avec un discours différent. Et ce type, il fait quoi dans la vie? Tu sais quoi sur lui? Il vient d'où? Tu le connais peu... Ça ne t'inquiète pas? Louise n'aurait pas pensé à tout ça si cette connasse de Betty ne le lui avait pas collé en tête. Maintenant elle y pensait.

La finalité de l'histoire pourrait être funeste, autant que la toxicité dont peuvent faire preuve les personnes dépressives qui ne vivent bien qu'entourées de fantômes. Mais la ligne 4 changea tout. Le bus de la ligne 4 percuta un lundi matin le véhicule de Betty alors qu'elle se rendait au travail.

Pour autant : elle survécu. Elle survécu, mais perdit l'usage de la parole. Et comme il est difficile d'agiter sa langue de vipère si aucun mot ne sort.



Clément Paquis © 2010