Tout pour être heureux

Ce café est foutrement délicieux !

Ah putain ! Quelle belle journée !

Allez hop ! Footing ! 10 km !

À petites foulées, je trotte sur le bord de l'avenue.

L'air est frais, légèrement humide car le soleil n'a pas encore séché la rosée du matin. Ça sent la vie.

Je respire à plein poumon.

Un coup d'œil sur ma montre ; il est 7h AM. Je serai rentré avant que Kate ne s'éveille.

Kate, c'est ma femme. Je l'ai rencontré ici même, pendant un footing à central park. Elle s'était tordue la cheville, j'avais mon brevet de secouriste.

Je dirais que mon charme de français a fait le reste.

- How charming ! You're french, aren't you ?

Elle était jeune, blonde, assez commune au fond. Pile poil ce que je cherchais pour me reproduire.

J'avais enchaîné les aventures ces dernières années. Il était temps que je me pose. Mon horloge biologique me pressait de le faire.

Profiter, j'avoue, c'est bien. Très bien même !

J'avais décroché ce job au barreau de New York, je devenais un putain d'avocat prestigieux !

Je l'avais pas volé ce poste, j'avais vraiment bossé pour. J'étais fait pour cette vie.

La compétition m'a toujours fait bander plus que tout autre chose.

Même plus que le cul d'une jolie petite femme.

À terme, j'envisage de me lancer en politique, mais je ne sais pas encore dans quel pays !

Le monde est ma maison.

Les femmes, je les aime alors je les baise.

Kate n'en sait rien, bien sûr. Je ne veux pas la blesser, elle reste la mère de notre enfant, Adam, un beau mâle reproducteur en devenir !

Mais c'est justement parce qu'elle n'est pas exceptionnelle que je l'ai choisi.

C'est un genre de mère porteuse pour qui j'ai beaucoup d'estime. Mais pas d'amour.

Elle tient très bien son petit rôle de femme d'intérieur et je n'ai pas envie que ça change.

L'amour, c'est assez flou pour moi. J'aime ma mère, j'aime mes amis, j'aime le couscous et j'aime Kate. C'est un peu comme ça, non ?

En tout cas, ce dont je suis sûr c'est que J'A-DORE mon putain de job !

Trois kilomètres déjà.

Kate, il y a trois ans, elle était vraiment bandante. J'avais toujours cette impression, en la sautant, de faire l'aumône. Ça m'excitait.

Avec les années, j'ai compris ce que les curés entendent par « honore ta femme ». Parce qu'au bout d'un moment, ça devient une corvée...

Surtout quand tu rentres d'une soirée bien arrosée avec des collègues, que tu as exploré quelques petites chattes de 18 ans, alcoolisées et offertes et que celle que tu dois honorer t'attends les cuisses ouvertes, pensant te donner envie de la culbuter.

Grosse erreur darling ! Je suis ton mari, pas l'assistance publique !

* * *

J'ai pas passé des heures dans des salles de sport toutes ces années pour être condamné à ne sauter que la même escalope jusqu'à la fin de ma vie !

Je suis ce qu'on appelle un beau gosse. C'est comme ça. Ça n'est pas même de la vantardise, c'est un état des lieux.

Grand, musclé, pas trop parce que c'est laid mais assez pour être bien sculpté, des cheveux noirs et épais, un sourire sans trace de caries ou de couronnes, un nez et des yeux parfaits : zéro défaut.

En vieillissant … J'aime pas ce mot. En mûrissant, je deviens de plus en plus canon.

Ces petites rides aux coins des yeux, ça me donne un charme fou.

Ah putain...

Je suis en train de lâcher une larme, mine de rien.

Je m'arrête à coté d'un banc public et commence une petite série d'étirements.

Discretos, je sors ma coke, je vais me faire une petite ligne histoire de me booster sur les dernières bornes.

WOU !

C'est reparti !

Oh putain de bordel, avec cette saloperie je te grimpe la tour Eiffel en dix minutes sur les mains !

Y'a un clodo qui me tend la main , je lui crache à la gueule !

SALOPERIE DE PARASITE DE MERDE HAHAHAHA !

Le type se met dans l'idée de me poursuivre, je m'arrête tout net et lui balance mon poing dans la gueule !

J'ai du sang plein la main ! Il est par terre et il bouge plus ! WOU ! Je lui colle des coups de pompes dans le bide ! Ça SWING !

Ça swing moins quand ce sale négro de flic yankee m'intime l'ordre de me coucher à terre ! Qu'il aille se faire enculer, merde ! Ça fait sept ans que je trime comme un taré ! Sept ans passés à sculpter mon avenir pour qu'il soit ce qu'il est aujourd'hui !

C'est pas ce gros lard qui va m'empêcher de finir mon footing ! WOU ! WOU !

Ahaha ! J'ai slalomé comme un Dieu et j'ai évité ce gros con. Il se lance à ma poursuite, mais y'a vingt kilos de lard accrochés à sa carcasse qui l'empêchent de prendre de la vitesse.

Le con ! Le con !

D'un coup je chancelle.

Ma putain de poitrine me fait mal, y'a quelqu'un qui s'est assis dessus, on dirait.

Ah non merde, j'ai pas échappé à ce gros lard de flic pour...

Ah non ! J'ai pas construit toute cette vie, gagné tout ce pognon, humilié tous ces cons, baisé toutes ces putes pour … Pour …

J'ai ralenti.

Le flic m'a rattrapé.

« Hand's up ! » qu'il gueule.

Je peux pas. Je me tiens la poitrine.

Je cherche la nitroglycérine que je trimbale avec moi comme le médecin m'a ordonné de le faire, il y a sept ans.

C'est dans ma poche revolver.

Le gros flic nègre tire avec le sien.

Wou...

Clément Paquis ©2012

NDLA : Je suis désormais sur twitter. Vous pouvez donc venir m'insulter gazouiller à mes oreilles, tels les joyeux pinsons que vous êtes.  @clementpaquis