L'américain

Je me sentais prêt.

Ce connard, il m'avait bien chauffé.

Il avait maté ma copine toute la soirée.

Et puis il avait une façon de rire détestable. Sa gueule, c'était une insulte à la face du monde.

Comme si il disait « Je suis tellement plus beau et plus attirant que vous tous... Je pourrais baiser vos copines et vos mères en claquant des doigts. » C'est ça que sa gueule voulait dire.

Il était arrivé deux ou trois jours plus tôt. C'était le correspondant d'Emilie. Il venait de Californie.

Pour sûr que la Breule, ça devait le changer de sa cambrousse !

Ici, nos bagnoles, elles ont des boîtes mécaniques ! Ici, on sait conduire !

Y'a Raoul qu'est passé avec son tracteur. Il a gueulé «  OUUHOOOO ! C't'é l'américain ? C't'é un COBOYE ? »

On a tous rigolé. Il est drôle, Raoul, et en plus il est cultivé , il parle le patois du village.

J'avais provoqué l'américain devant tout le monde. Je lui avais dit que j'allais lui niquer sa gueule, fils de pute.

Il avait pas compris alors je l'avais poussé. Il avait toujours pas compris, alors je lui avais craché à la gueule.

Il avait compris.

On s'était donné rendez vous sur la place de la mairie, à 16h. Émilie avait dit qu'elle allait le répéter à sa mère, mais on l'avait menacé de lui faire une réputation si elle l'ouvrait. Elle avait fermé sa gueule.

Je m'étais mis en marcel. J'avais une de ces classes...

Lui, il s'était mis torse nu.

Sur sa poitrine, pas un bouton, pas un défaut, même pas un poil, mais des muscles.

J'étais dégoûté. J'ai craché par terre.

Il s'est avancé vers moi, il m'a mis une gauche, une droite, je suis tombé, il a souri en levant les bras et en gueulant sa joie dans sa langue.

Je me suis relevé. Il m'a mis une droite, un crochet, un coup dans l'estomac. Je suis tombé à terre.

Il m'a regardé avec l'air de dire « T'en veux encore ? » . Je me suis relevé, et puis j'ai tourné de l'œil.

Quand je me suis réveillé, il était menotté par les gendarmes. Les copains avaient raconté qu'il m'avait agressé sans raison.

J'ai dit pareil.

On l'a embarqué. Il pleurait comme une petite chatte à l'intérieur du panier à salade.

Le Francky est venu me voir. Le Francky, c'est un gendarme qui connaît bien mon père.

Il m'a dit que si je voulais, je pouvais m'amuser un peu avant qu'ils démarrent. Il m'a flanqué un truc dans la main.

Un poing américain.

Je suis rentré dans la fourgonnette, il m'a vu et s'est mis à chialer en américain.

« comone, èlpe mi plize ! » qu'il pleurnichait.

Je lui en ai collé six dans la gueule.

Le Francky a raconté qu'il s'était pété la mâchoire en tombant du panier à salade.

Il a pris trois mois fermes. Tout le monde a témoigné contre lui. Personne en sa faveur.

On a appris qu'il s'était fait enculer par José en prison.

José, c'est mon cousin. Il était en zonzon parce qu'il avait un peu forcé une nana a lui tailler une pipe au bal. Un sacré déconneur le José.

José, il est à voile et à vapeur, mais on est tolérants, nous autres, ça nous fait rien.

Deux mois plus tard, on a vu Emilie arriver en pleurant. Elle nous a raconté que le ricain s'était pendu dans sa cellule.

Pendu les mains attachés dans le dos, fraîchement enculé. On a rigolé.

José est sorti un mois plus tard.

Il nous a tous surpris, il parlait américain.

« Donte feuque mi » qu'il disait en rigolant.

Clément Paquis ©2013