Clément PAQUIS

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lundi 22 juillet 2013

Le Grand Pardon


Le Grand Pardon


C'est très courageux ce que vous faites.

 

 

 

C'était à peu près le ton de la majorité des commentaires que Robert récoltait sous sa vidéo youtube postée quelques mois plus tôt.

 

Robert était un ancien de l'Algérie. Il avait « fait » l'Algérie, qu'il disait.

 

En fait, Robert avait fait partie de ceux qui avaient pratiqué la torture «parce qu'il le fallait », « parce que c'était nous ou eux ».

 

 

 

Un beau jour de l'été 2010, Robert avait tourné sa caméra vers sa trogne et avait enregistré une vidéo de 45mn dans laquelle il expliquait au bord des larmes et dans les moindres détails, son activité de tortionnaire, de tortionnaire très repenti lors des événements d'Algérie.

 

 

 

« fisse de pute de rassiste » avait été la toute première réaction postée par un garçon pseudonymé « warrior93 » sous la vidéo de Robert.

 

Très vite, elle avait fait place à une avalanche de remerciements et de congratulations. On saluait la démarche de rédemption du vieil homme.

 

La gauche saluait le courage de la dénonciation des abominations que la France raciste avait commise pendant cette funeste période. La droite saluait la démarche de dignité nationale et républicaine d'un ancien soldat de la nation.

 

François Bayrou était mitigé et BHL occupé à déclarer la guerre à un pays antisémite, je ne sais plus lequel, ça changeait toutes les semaines.

 

 

 

 

 

Robert passait à la télé, Robert se bougeait dans les studios de radio pour répéter, la gorge serrée, les mêmes propos, le même témoignage, poignant, horrible mais tellement vrai.

 

Le Pardon, avec un putain de P majuscule plus haut que la tour Eiffel. Le Putain de Pardon. Parce que merde, ma France est catholique, oui monsieur, et moi ; he bien c'est de cette France dont je suis fier.

 

Alors le Pardon, oui, pour tout le monde, parce que c'est comme ça monsieur : la charité, la veuve et l'orphelin, la protection des faibles par les forts ça me parle, alors bravo Robert.

 

Ainsi parlait Jean-Eudes Chrétien sur Radio Shalom et Robert reniflait d'émotion devant tant de compréhension, devant tant d'humanité, et Dieu que c'était bon de se sentir reconnu à sa juste valeur de … à sa juste valeur.

 

 

 

Trois caméras de France télévision étaient présentes.

 

C'était le jour J, l'heure H, l'instant T.

 

On avait retrouvé une des victimes de Robert.

 

Tarik avait aujourd'hui 48 ans. Robert lui avait passé les couilles à la gégène, il s'en souvenait, et oh comme il regrettait.

 

Alors Robert s'était mis à genoux devant Tarik et les caméras de télévision, il avait embrassé les paumes de Tarik, avait invoqué le Ciel pour qu'il le punisse sous les yeux de Tarik.

 

La France entière, en direct, assistait aux excuses de Robert.

 

Ces excuses sont les excuses de la France à l'Algérie, d'un bourreau à sa victime ! Commentait Houria Bouteldja depuis Paris.

 

L'Algérie n'est en effet pas une période heureuse de l'Histoire, mais bon, il y a plus grave dans le sombre passé de la France. Je veux dire par là que bon, tous les peuples n'ont -heureusement- pas six millions de morts à leur ardoise, oui monsieur ! Tenait à préciser Daniel Cohn-Bendit qu'on interrogeait justement pas sur le sujet.

 

 

 

Ô comme la scène était belle.

 

Robert qui avançait vers Tarik les yeux mouillés d'émotion.

 

Tarik qui fixait Robert.

 

Robert... Tarik... La France et l'Algérie... L'immigration et la nation... L'Islam et le Catholicisme, la réconciliation impossible en direct.

 

 

 

  • BUTEZ MOI CES FILS DE CHIEN SAUF LE CAMERAMAN ET LE VIEUX FRANCAOUI DE MERDE ! YALLAH !

 

 

 

Takatakatak

 

 

 

Ça fait du bruit une kalachnikov.

 

Des têtes avaient explosé comme des melons, des corps étaient tombés à terre. Un barbu édenté en djellaba filmait le tout avec son iphone 5.

 

Il ne restait plus que Tarik, les hommes de Tarik, Robert, le bermuda plein de la pisse chaude de Robert et Francis ; un cadreur.

 

Tarik tira un coup de feu.

 

Il ne restait plus que Tarik, les hommes de Tarik, Robert, le bermuda plein de pisse tiède de Robert et le cadavre d'un cadreur.

 

 

 

 

 

  • Maintenant, chien, tu vas me sucer la bite.

 

 

 

Robert avait franchement du mal à entendre ce qu'on lui ordonnait là.

 

  • TU – VAS – ME – SUCER – LA – BITE

 

Avait pédagogiquement répété Tarik avant de viser les burnes de Robert en guise d'élément de persuasion.

 

 

 

Robert s'était exécuté juste avant de l'être.

 

La vidéo avait fait le tour du monde sur internet.

 

Thomas, huit ans, avait aimé ça sur facebook juste avant de se rendre à l'école.

 

Les peuples occidentaux libres souhaitaient une guerre. Ils l'auraient.

 

jeudi 6 juin 2013

Pari perdu

Pari perdu