
C’était une maison sale plantée au bord d’une route départementale régulièrement empruntée par les transporteurs routiers. Ses façades n’avaient pas dues être nettoyées depuis sa construction. Elle comptait un étage à la fenêtre duquel se trouvait un homme en débardeur. Il devait avoir une quarantaine d’années et il fumait accoudé au balcon. Ce devait être du tabac brun.
Il y avait une trentaine de mètres carrés de terrain adossés à la maison et entourés par un grillage vert. Une piscine gonflable avait été maladroitement érigée en son centre. Sur les trois boudins qui en composait la charpente pneumatique, deux semblaient crevés. Trois gosses, entre cinq et huit ans, jouaient dans une eau croupie à la surface de laquelle flottaient mouches, moustiques, et autre cadavres d’insectes.
Une mère édentée leur jetait des bouteilles de plastique vides en riant. Du haut de sa hune, le père, qui fumait toujours, s’était servi un pastis dans un verre à moutarde Mickey. On pouvait facilement observer qu’il n y avait ajouté que très peu d’eau à ce que la couleur du liquide restait jaune foncé. Il y avait un chien attaché à un mètre de corde à coté d’une niche en plastique vert. On sentait que l’animal enviait les enfants qui s’ébattaient dans l’eau, lui qui était probablement entravé ainsi jour et nuit.
Sous chacune des lucarnes de l’étage, on apercevait des traces brunâtres qui descendaient jusqu’au pied de la bâtisse. On aurait dit des fenêtres qu’elles avaient pleuré des larmes de merde et que ces dernières avait fini par sécher.
Des couches-culottes sales parsemaient le sol du jardin jusqu’au devant du garage en taule duquel dépassait un vieux break Renault de couleur beige.
Et puis, sans qu’on comprenne trop pourquoi, les gosses se sont mis à pleurer à l’unisson et leur mère les a agonit d’insultes. Le père a crié quelque chose depuis le balcon, a ôté sa ceinture et l’a fait tournoyer autour de sa tête comme un cow-boy pendant un rodéo. Je pense qu’il se voulait menaçant. Et puis plus rien.
Après ça, ma mère m’a dit que ça suffisait et qu’il fallait laisser la place à un autre enfant qui faisait la queue pour regarder à la longue-vue. Moi, j’étais un peu déçu. J’aurais bien aimé voir si le père allait battre ses enfants. Ma mère m’a dit qu’on reviendrait une autre fois, et que de toute façon, le spectacle ne risquait pas de changer puisque depuis l’extermination de la dernière espèce animale sauvage, il ne restait plus que des pauvres à regarder lorsqu’on allait au zoo.