
Au boulot, je tue les bêtes. Elles arrivent en file indienne et je les cogne derrière la nuque. Je les cogne et elles tombent.
À la maison, je tue le temps. Ma femme m’en fait perdre et je la cogne, je la cogne et elle tombe.
Au village, quand y a une fête, je cogne celui qui me regarde mal, je cogne le type qui s’approche trop de ma femme, je cogne au moindre mot, au moindre reproche ou si simplement j’ai bu un verre de trop. Mais chez moi, un verre, c’est toujours trop.
À la sortie de l’école, je cogne mon fils, je le cogne parce qu’il ne sait pas cogner, il ne sait pas se battre alors il a fini par se faire cogner par un autre. J’ai choppé le gamin et je l’ai cogné pour lui apprendre à cogner mon fils à ma place. Je l’ai cogné trop fort, il s’est pas relevé. Mes 45 ans cognaient plus fort que ses 10 ans.
Dans ma cellule, ils me cognent. Ils sont trois contre un et ils en profitent. Ils n’ont aucune retenue parce qu’on n’a plus d’humanité quand on a cogné un gosse à mort. Alors ils me cognent, ils s’en donnent à cœur joie.
Je suis amené à la potence vers 14 heures, le soleil est haut dans le ciel et il cogne, il cogne fort.
Je me fais escorter jusqu’à l’échafaud par deux cognes.
Y a ni curé, ni foule, pas que ce soit une pendaison à huis clos mais je n’intéresse personne. Parait que j’ai pas suffisamment de profondeur pour remuer l’opinion publique.
Pas d’argent, pas de sépulture : et donc la fosse commune. On me demande si ça me pose un problème.
Je m’en cogne.