Clément PAQUIS

Faire la lumière sur la mort tragique de Gilles Jacquier

La mort tragique de Gilles Jacquier

jeudi 12 janvier 2012

2.0

INTRODUCTION


Je ne sais pas trop comment articuler ce billet.
Disons que ... Ça a commencé alors que j'étais sur le trône.

2.0

J'ai eu ce que les toxicos appellent "un moment de lucidité" .
J'étais en train de téléphoner à une personne que je ne connaissais pas,  rencontrée sur cette abstraction permanente qu'est Internet, et je laissais sur son répondeur un message pour m'expliquer d'une chose sans la moindre importance, sans le moindre intérêt, sans la moindre profondeur...


Sur la toile, tout se fait et se défait à la vitesse de la lumière. A un point que c'en est ridicule.
On y trouve très souvent de la merde. Internet décomplexe la médiocrité et fait germer une foultitude de blogs plus insipides les uns que les autres.
La plupart du temps, les femmes ( hé oui ) qui tiennent ces blogs se défendent de la merde qu'elles produisent en invoquant le sens de l'auto-dérision, l'humour, et blablabla. On en connait tous.

Ce contact tenait ( tient ) un blog de femme trentenaire célibataire.
C'est tellement commun que ces trois mots devraient n'en faire qu'un et devenir un adjectif. "femmecelibatairetrentenaire".

La vérité, c'est qu'à l'instar des gamines de 16/18 ans qui entretiennent le pathos à coup de poèmes multicolores, ces trentenaires issues de la génération "Working girl"* (cette horrible daube avec Sigourner Weaver et Melanie Griffith ) ne créent rien, elles décrivent.

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*Pour les petits veinards qui auraient échappé à ce navet, en voici le pitch :

Les aventures de Tess, jolie et intelligente employée de bureau, dans la jungle de Wall Street. Manipulée par des supérieurs machistes et Katherine, plus élégante qu'elle et au vernis culturel plus évident, elle parviendra néanmoins à tirer son épingle du jeu en abattant un à un les obstacles et en faisant preuve d'audace.

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Regardez, par exemple, si on tape "blog+femme+trentenaire" sur google, voilà ce qu'on trouve.
Vous ne remarquez rien ? 
Mmmmh ?
Si vous prenez le temps de cliquer et de comparer, vous constaterez que tous ces blogs sont totalement interchangeables.
Les mêmes histoires de sexe, d'épilation, de copines, d'ex(s), de maquillage, de chaussures, et de toutes ces choses si insipides qui constituent les sempiternelles centres d'intérêt du sexe faible.
Le tout dans de très courts billets, parti de rien pour arriver à pas grand chose.
Si au moins c'était drôle.

 * * *


Par le passé, les journaux intimes n'étaient pas forcément plus intéressants, et je parle en connaissance de cause : ce qu'écrivait ma sœur dans le sien lorsqu'elle avait 14 ans est largement à la hauteur de ce que ces morues de 30 ans répandent sur leurs blogs, lardant les lecteurs sensibles avec le poignard du mauvais goût.
La seule différence, c'est que ça n'est plus intime. Du coup, c'en est obscène.
A la rigueur, je serais assez branché à l'idée de lire le journal intime d'une putain qui se fait payer pour faire des pipes aux collègues de bureau de son mari.
Là, au moins, c'est suffisamment sinistre pour ressembler à quelque chose.
Mais l'heure est aux choses incolores, inodores et sans saveurs.
Le reste, c'est ce que Monsieur le Chien appelle "Des blogs fascistes".



2.0

(Il ne m'en voudra pas de sortir cet échantillon de sa page fan)




LE DÉPUCELAGE PAR LE WORLD WIDE WEB



J'avais 25 ans quand j'ai eu mon premier ordi relié à internet.
C'était un portable, et c'était le truc le plus magique que j'avais eu entre les mains depuis la création de la PS1.
Un genre de minitel super puissant qui permettait de communiquer avec la Terre entière depuis son lit.

2.0


Mais plus que tout, c'était un formidable moyen pour trouver de quoi niquer.

Avec meetic, ( avant que les tarifs deviennent prohibitifs et vident ce site de ses membres) , on avait un dossier établi pour chaque personne.
On savait avant de la rencontrer à quoi elle ressemblait, ce qu'elle aimait, ses passions, on avait le temps de la baratiner, de lui raconter ce qu'elle avait envie d'entendre, de la chauffer sexuellement sans lui faire peur.
A l'époque, les sites de rencontre ont fait beaucoup mal aux chiffres d'affaire des boites de nuit, mais évité des pertes de temps ( et d'argent ) considérables.

2.0





En bref, à son adolescence, l'internet - qui n'était encore ni accessible ni maitrisé par tous-  était un chouette moyen de tirer un coup sans se fatiguer.



L'ARRIVÉE DES RÉSEAUX SOCIAUX
(ou le skyblog à la portée de tous)


Les réseaux sociaux ont permis à tout le monde de devenir bloggeur.
Que n'ai-je pu lire sur les murs de mes amis.
Que n'ai-je pu écrire comme débilités sans nom sur ma ligne de statut. ( oui faut pas croire, je me fais baiser comme tout le monde)

Mais quand même, outre l'étalage indigne de l'intimité de tout un chacun, on en trouve quand même beaucoup pour continuer le déballage de vide au plus grand nombre, par le biais d'un blog, revendiquant fièrement leur vie d'esthéticienne/coiffeuse/ mère divorcée/psychologue charlatan et autres échantillons de ce que j'appelle " l'Enfer" et de ce qu'elles nomment "leur life LOL" .



2.0





EPILOGUE

Blog, forum, site de rencontre...
Je me demande si tout cela ne déshumanise pas un peu trop les rapports humains...


2.0

... Ou ne les rend pas juste un peu plus ridicules qu'ils ne l'étaient auparavant.








vendredi 6 janvier 2012

Oliver Twist

Oliver Twist

Oliver Twist


dimanche 11 décembre 2011

Fascisme et boule de gomme

Je vous présente mon petit dernier :



C'est un bouquin avec des enculés, des victimes, des racistes, des gauchistes, des libéraux, des beaufs, des illuminés, des petits malins, des fatalistes et bien d'autres encore. Comme je n'ai jamais été très doué pour me vendre, je vous laisse l'acheter pour vous faire votre propre opinion.

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En fait, il existe déjà un bon condensé du thème du livre. Chouette hasard.


vendredi 25 novembre 2011

Halloween

Halloween

mercredi 16 novembre 2011

Les nazis

Les nazis

Les nazis

mercredi 2 novembre 2011

Murphy fait sa loi

Murphy fait sa loi

Murphy fait sa loi

mardi 18 octobre 2011

La canne

La canne

La canne

mardi 4 octobre 2011

Adopte un névrosé

Adopte un névrosé

Cette planche m'a été inspirée par l'excellent site : Adopte un connard, que je vous invite à visiter.

mercredi 14 septembre 2011

L'Ogre

L'Ogre

L'Ogre

* Herby = Herbedeprovence

lundi 5 septembre 2011

Relativité point com

Relativité point com Relativité point com

vendredi 26 août 2011

Innocente capuche

François-Xavier de secret story est mort.


Innocente capuche

mardi 9 août 2011

Perspective féministe

Perspective féministe
Perspective féministe

lundi 1 août 2011

Une question d'argent #3

A l'époque où j'avais pas un rond, je ne vivais pas , je somnolais.

J'enchaînais les journées comme des perles sur un collier. Je vivais à la chaîne.

Mon objectif était de dormir le plus longtemps possible pour écouler de courtes journées et faire défiler de manière rapide jours, mois et années...

Mourir, aujourd'hui, ça me ferait franchement chier.

Certes, tout n'est pas réglé dans ma tête, mais tout est devenu si … Accessible.

Je ne comprends pas qu'on puisse être riche ET démotivé. Un millionnaire qui se suicide, j'avoue que ça me dépasse.

Qu'un chômeur puisse être blasé par le monde putride du travail, ça , je le conçois parfaitement.

Devoir se mélanger à la meute des salariés en quête d'un salaire de misère pour nourrir le petit dernier, être obligé de subir la vie d'employé à coté de personnes incultes et sans aucune sensibilité, en être réduit à renifler la sueur puante d'un gros lard qui vient quémander une autre mission de miséreux. Brrrr …

Je regarde Samuel, mon jardinier. Il est doué comme un manche. Je me demande si , il y'a quelques mois encore, j'aurais pu le croiser dans la file d'attente du pôle-emploi.

J'avais engagé deux jardiniers. J'avais un chouette jardin, assez grand, et je ne m'en occupais que très peu moi-même. Pour autant, voir pousser les choses m'avait toujours plu.

Quand j'étais gamin, j'aimais me balader dans le jardin très bien entretenu de ma mère. Y cueillir des framboises, me pencher pour arracher, couper quelques brins de ciboulette et les mâcher.

Grimper sur le vieux pommier qui finissait sa vie dans le quart de pelouse du fond du jardin.

J'abhorrais, en revanche, toutes ces petites tâches fastidieuses, comme écosser les haricots, cueillir les cassis et les groseilles, bêcher, tailler les haies ou faire la cueillette des fruits de notre gros cerisier.

Aujourd'hui, on faisait tout ça pour moi.

J'avais demandé à avoir exactement tout ce que j'avais aimé dans l'ancien jardin de mes parents.

Des arbres fruitiers. Un pommier, un cerisier, des fines herbes , le tout parcouru par de belles haies de troènes, je me sentais vraiment bien chez moi.

La vieille maison de mes parents avait été rachetée par une tribu d'abrutis qui avait entièrement déraciné et brûlé toute trace de vie végétale. Tant de connerie me dépassait. 

J'avais songé, un moment, à les pourrir. Mais c'était un cycle sans fin.

Si je me mettais à les pourrir, eux. Alors je devais logiquement m'atteler à ce que d'autres crèvent dans la douleur.

Depuis Gilles et Muriel, je me sentais apaisé. J'avais l'impression que tout se réglerait un jour, dans ce monde ou dans l'autre.

La richesse vous apprend une chose : l'alcool des riches ne tue pas.

Je sirotais une anisette régionale, concoctée par un artisan du coin, 50€ la bouteille de 50cl .

Un vrai délice.

Ça n'était pas le genre d'alcool avec lequel on se saoulait. Non, ce nectar méritait bien mieux.

« Siroter », c'était bien le mot. Accompagné de quelques morceaux de concombres, de carottes coupées en julienne, le tout trempé dans une sauce blanche onctueuse et parfumée, c'était peut-être bien ça le paradis.

Je n'avais plus été saoul depuis que la corne d'abondance m'avait ouvert ses portes.

Je ne voyais plus l'intérêt de boire pour boire. D'être ivre.

Mon médecin avait accueilli avec scepticisme la nouvelle. Je me remettais à boire.

Je lui avais expliqué que ça n'avait plus rien à voir avec ces anciennes défonces au mauvais Whisky qui avait faillis me coûter la vie quelques années plus tôt, mais que je redécouvrais les saveurs des alcools de la même manière qu'on apprend à aimer le goût des fruits de mer.

C'était un luxe de gourmet que de pouvoir boire sans intention d'être saoul.

On peut dire que je vivais vraiment très bien cette époque.

J'avais banni de mon environnement intellectuel tout ce qui relevait du débat politique. Je laissais ça aux fous et aux névrosés.

Même si j'avais parfois à visionner des films historiques, sur les croisades, la seconde guerre mondiale, ou autre, dans la fabuleuse salle de cinéma privée que j'avais fait construire ; jamais aucune de ces production ne réveillait cette sensibilité politique que j'avais à fleur de peau et qui me tiraillait à l'époque où j'étais sans le sou.

Le reste du monde pouvait bien crever que je n'en avais strictement rien à foutre.

Moi et les miens. Et c'était suffisant.

Ce que j'estimais vraiment , et dont je savais que l'estime était réciproque, avaient un numéro spéciale sur lequel me joindre en cas de gros pépin financier.

Aucun ne l'avait encore utilisé.

Lorsque mon ostéopathe m'a suggéré de me remettre au sport, j'avais ri, lui expliquant que s'y remettre impliquait de s'y être déjà franchement mis auparavant !

Mais Yves était un homme convaincant. Il m'avait vanté le sport dans ses grandes largeurs, m'expliquant qu'à mon âge, il était facile de récupérer rapidement de la masse musculaire ainsi qu'une bonne endurance.

Quelques exercices de cardio, de la musculation , et je serais un bel adonis musclé.

« Ma foi, pourquoi pas ! » Avais-je lancé, optimiste.

Dans ma vie de pauvre, je n'avais jamais eu la motivation de faire du sport. Être sportif, musclé? Pour quoi faire ? Pour espérer plaire à qui lorsqu'on était comme moi, un chômeur marginal ?

Mon grand-père maternel était mort d'une insuffisance cardiaque. Un truc héréditaire que la mère transmet au fils.

Si j'étais resté pauvre, je ne l'aurais sans doute appris que très tard, mais quelques jours à pratiquer le footing avait eu vite fait de rappeler à ma mémoire ce petit... Problème.

Je suivais Yves par petites foulées, sur le long de la rivière, on avait couru environ 5km, et puis ma vue s'était troublée.

Je ne voyais plus. Je m'étais affalé sur le sol, un sale goût de rouille en bouche.

C'était sur mon lit d'hôpital que j'avais recouvert la vue. Sans pouvoir bouger, j'entendais les médecins se concerter. « Il est foutu. C'est un légume . »

J'étais pleinement conscient de tout ce qui se passait autour de moi, mais j'étais paralysé. Ah, les trois lettres fatidiques. A-V-C.

Des mois et des mois avaient passé.

J'avais vu défiler dans ma chambre; ma mère, mes amis, des connaissances, mon banquier, mon jardinier, mon entraineur.

Tous me regardaient sans me voir.

Et puis, il y'eu le miracle éphémère.

Un matin, je sentais à nouveau mon corps. Mes jambes, mon cœur qui battait, trop vite, mes bras...  J'étais à nouveau maître de mes membres.

D'un air grave, le médecin qui s'occupait de mon cas s'était mis à m'expliquer qu'il ne s'agissait que d'une accalmie temporaire et extrêmement rare, et que je retomberai inéluctablement dans l'état végétatif d'où j'étais sorti. Qu'il était désolé... Qu'il était désolé...

Alors, pendant que mon corps me le permettait encore, j'avais saisi une feuille de papier, un stylo, et rédigé mon testament.

J'étais ensuite monté sur le toit de l'hôpital, en chemise de nuit, pour y prendre mon dernier vol.

La pauvreté m'avait entretenu dans le malheur, la richesse avait précipité ma mort.

Je comprenais désormais qu'un riche puisse mettre fin à ses jours.

Et vous savez quoi ? Battre des bras quand on tombe dans le vide ; ça ralentit pas la chute.

                                                                               FIN

Clément Paquis ©2011





dimanche 31 juillet 2011

Une question d'argent #2

Monsieur Bernard était un homme de droite. Sa montre était de droite, son costume était de droite, sa coupe de cheveux était de droite, sa voiture était de droite et son travail était de droite.

Monsieur Bernard tenait un cabinet d'expertise comptable.

Ça n'était pas tant monsieur Bernard qui m'intéressait que les salariés qu'il employait.

La réaction des gens lorsqu'ils reçoivent un millionnaire – et ce, qu'ils soient de gauche ou de droite- est fascinante.

J'aurais pu faire jouer les couilles de Bernard entre mes doigts qu'il aurait continuer à me donner du « Vous » et du « Monsieur ».

Il n'était pas coutume, dans son cabinet, de recevoir des types dans mon genre. J'étais manifestement le premier millionnaire particulier.

C'est une coupe de champagne à la main que je taillais ainsi le bout de gras avec ce quinquagénaire à chemisette bleue et cravate blanche.

  • Dites-moi tout mon cher monsieur, vous avez besoin de nos services ?

  • J'ai besoin des vôtres en particulier.

Bernard se mis à gratter le haut de son crâne, ce qui lui formait sur son visage une expression assez comique.

  • Que désirez-vous exactement ? Demanda t-il

  • Je souhaite que vous me laissiez briser la vie d'un homme.

  • Pardon ?

  • Un de vos employés.

  • Vous n'êtes pas sérieux !

  • Je suis aussi sérieux qu'un cancer, monsieur Bernard.

Surpris, mais pas choqué, Bernard me fixait droit dans les yeux sans pour autant me voir. Perdu dans ses pensées, il attendait que j'enchaîne.

  • A combien estimez-vous le coût de votre aide dans mon entreprise malveillante ?

  • A combien ?

  • A combien, oui. Combien voulez-vous ?

  • Je... Hé bien ma foi ! C'est à dire que …

  • 100 000 euros ?

  • C'est … Attendez une minute... Qu'est ce que vous voulez faire exactement ?

Les négociations étaient ouvertes.

  • Monsieur Bernard, je veux que vous viriez un de vos employés dans des conditions particulièrement humiliantes pour lui, afin qu'il ne soit pas en mesure de vous demander une quelconque indemnité et que la peur le gagne pour le restant de ses jours.

Le directeur du cabinet Contigo & Marguelet vida son verre cul sec. « Ça fouette le sang ! » s'exclama t-il .

Puis, après une grande inspiration, il lâcha : « 230 000 euros. En coupure de 20 et de 10 »

J'éclatai de rire tant la négociation me paraissait ressembler à un bon vieux film de gangster américain.

  • Tope là Berny !

Une franche poignée de main mis fin à la conversation sans qu'il ne releva ma familiarité de langage.

* * *

Huit jours plus tard, Gilles était licencié pour faute grave. On avait retrouvé sur son ordinateur professionnel, un nombre incalculable de photos pédo-pornographiques.

Il avait bien tenté de se défendre, le bougre, de clamer son innocence , que ça n'était pas lui, qu'il s'agissait d'un complot !

Mais il pouvait s'égosiller tant qu'il le souhaitait, j'avais acheté son patron, et celui-ci ne ferait que peu de cas de ses jérémiades.

Pourtant, Bernard savait bien que Gilles était innocent. C'était lui-même qui avait placé toutes ces photos dégueulasses sur le disque dur de l'ordinateur de ce con de Gilles.

Ça avait été si simple.

J'avais de bons rapports avec tout le monde depuis que j'étais plein aux as.

Un flic qui travaillait aux mœurs m'avait donné une clé USB contenant une centaine de photos saisis lors d'une arrestation chez un pédophile bordelais. Un simple copié-collé des clichés, ça n'était même pas du vol de pièces à convictions.

Contre 30 000€ , ce flic avait pris ce risque sans me poser de question sur mes motivations.

J'imaginais que ça ne devait pas être la première fois qu'on lui faisait ce genre de propositions et que certaines personnes aisées aux goûts déviants avaient sans doute dû le solliciter avant moi pour des raisons d'ordres plus... Salaces.

Gilles. J'ai presque oublié de vous toucher quelques mots sur lui.

Gilles était un imposteur. Un imposteur de petit calibre, certes, mais un imposteur qui avait eu le malheur de m'emmerder quelques années plus tôt.

Rasé de près, sportif, Gilles avait troqué la culture contre « les sports de l'extrême » .

Une de ses habitudes était de citer des grands auteurs pour briller en société, tout en omettant de signer ces citations, pour mieux se les attribuer.

Au détour d'une conversation ( et même si ça tombait comme un cheveu sur la soupe) il était capable de lancer mélancoliquement « Oh, vous savez, on dédaigne volontiers un but qu'on n'a pas réussi à atteindre, ou qu'on a atteint définitivement » ...

  • C'est beau ce que tu dis, Gilles...

  • Oh, Gilles, j'aime quand tu parles comme ça...

Gilles ne fréquentait que des morues incultes qui étaient loin d'être en mesure de se lever et de lui balancer à la gueule «  MAIS C'EST DE PROUST ! DIS-LE SALE ENCULÉ QUE TU CITES PROUST ! TU L'AS MÊME JAMAIS LU, ESPECE DE GROS TAS DE MERDE ! »

Gilles avait épousé une secrétaire médicale qui, paradoxe de notre époque, était quasiment illettrée.

Ses courriers étaient bourrés de fautes d'orthographe, et moi qui n'avait ni BAC ni BEPC, je n'arrivais pas à comprendre comment elle avait pu obtenir les deux, ainsi qu'un DEUG avec un tel bagage de médiocrité.

Gilles et Muriel étaient donc mari et femme, pour le meilleur et pour le pire, dans la richesse ou dans la pauvreté, dans la santé comme dans la maladie, jusqu'à ce que la mort les sépare.

C'est ce que nous allions voir.

Bernard avait bien joué son rôle.

Il n'ébruiterait pas l'affaire si Gilles se tirait sans faire d'histoires.

Même innocent, il est difficile de se laver d'un soupçon de pédophilie. Gilles, tout con qu'il était, le savait. Il avait donc choisi de quitter son poste, mort de trouille devant l'idée qu'on puisse voir sa tronche au 20h. Il avait encore en tête le procès d'Outreau.

Contraint à la démission, il n'avait pas droit aux allocations chômage.

Il ne m'avait fallu passer qu'une dizaines de coup de fil pour que Gilles soit définitivement grillé dans tout le milieu comptable.

Comme je l'imaginais, il avait menti à sa femme. Lui faisant croire qu'il était toujours salarié. Inventant ses journées les une après les autres. S'enfonçant dans la dépression petit à petit, incapable de supporter l'image que son miroir lui renvoyait.

J'avais transformé ce type en une sorte de Jean-Claude Romand en moins cher.

Je connaissais ses moindres déplacements, et donc, je savais quand sa femme était seule à la maison.

C'est lors d'une de ces journées qu'il passait à tuer le temps à la terrasse d'un café pour continuer à donner l'illusion d'un emploi du temps professionnel, que je fis irruption à son domicile, un énorme bouquet de roses à la main.

Muriel m'ouvrit la porte, un sourire rayonnant balafrait son visage.

« OH ! C'EST TOI ? ÇA ME FAIT TELLEMENT PLAISIR ! »

Je savais que Muriel était au courant pour le loto.

Elle ignorait que j'étais au courant qu'elle savait. ( vous suivez?)

Muriel n'avait pas de qualités autres que celles qu'elle s'inventait. Qui se ressemble …

Superficielle, ingrate, égocentrique et manipulatrice au possible, elle aussi avait profité de ma naïveté par le passé. J'avais été pour elle un genre d'humanoïde jetable.

Elle avait l'âme sèche, pour peu qu'elle en ait jamais eu une.

L'histoire remontait à une bonne dizaine d'années, mais je n'avais jamais pu oublier totalement.

La plaie s'était ré-ouverte lorsque, quelques jours seulement après avoir empoché tout ce fric, mon téléphone avait vibré. C'était elle. Juste un sms, dix ans plus tard. Dieu sait comment elle s'était procuré mon numéro de portable ! J'avais bien dû en changer trois ou quatre fois depuis.

Le message était court, ciblé et je savais que chaque mot était réfléchi.

« Salut toi, sa va ? G apri la bone nouvel ! Je sui tro heureuse pr toi ! Tu le merite ! Faudré kon se boit un verre 1 de c 4 ! »

Traduction : Ton argent m'intéresse. Reviens par là petit mouton.

Rien n'était innocent ou gratuit dans la manière de faire de cette femme.

J'avais hurlé à m'en décrocher le larynx et brisé une bouteille de vin contre le mur, de rage.

Tout me revenait en tête. La façon qu'elle avait eu de me séduire en flattant mon ego. Sa manière de minauder avec moi. Les moments intimes où je brûlais de désir pour elle et où l'on s'embrassait tout habillé dans le coin de ma chambre à coucher. Son attitude de vierge effarouchée fasse à la sexualité qui me touchait littéralement.

Et puis, la rupture, m'en attribuant les torts exclusifs. Le silence radio. Les mensonges, la manipulation encore et encore.

J'avais vite compris que je ne pourrais jamais me sentir en paix si je ne réglais pas cette histoire.

Autour de moi, les amis du « peace & love » m'avaient conseillé d'oublier, de passer à autre chose, de ne pas gâcher mon énergie à faire le mal et que ce genre d'histoires ne se traitent que par le mépris.

Mais je ne fonctionne pas comme ça. Le mépris, l'indifférence me donnent la sensation de hisser le drapeaux blanc. D'abandonner. De fuir.

Tu me frappes, je te pardonne et on est quitte ? Jamais !

Tu me frappes, je te frappe. Beaucoup plus fort.

* * *

Gilles lui avait donné un enfant.

Un merdeux âgé aujourd'hui de 14 ans qui répondait au prénom de Dylan.

Un ado à qui elle avait transmit ses goûts pour les fausses perspectives, les émissions d'M6 et de NT1, ainsi qu'une quasi vénération pour la misère intellectuelle revendiquée et assumée. ( Oui, je suis con, et je suis fier de l'être ! )

Son chiard répondait. Il avait été pourri gâté depuis l'enfance. Il fumait de l'herbe dans sa chambre, traitait sa mère de pute, écoutait du rap de seconde zone dans lequel les rimes en « ère » et les rimes en «  é » constituaient les bases de tous les titres de l'album.

Pas d'pitié pour les gouères,

J'te nique ta mère

J'la prends , jl'a baise

J'la fait tourner

Avec tous mes frères

Dans les caves de la cité

Dylan avait un avenir à l'image des deux blaireaux qui l'avaient élevé. Un trou noir.

* * *

Je m'étais garé devant son pavillon avec la Lamborghini Aventador que m'avait prêté un ami. (C'est fou les amis qu'on se fait lorsqu'on est riche) .

La voiture ressemblait à une navette spatiale, et ça semblait lui plaire.

Je savais exactement quoi faire et que dire.

Très vite, je lui proposai d'en faire un tour.

Elle acceptait, évidement.

Un tour de pâté de maison, devant ses amis vieilles filles qui berçaient leurs progénitures respectives dans un mouvement cadencés, résigné, et abattu avait suffit à donner des couleurs à Muriel.

« Voyez-ce que j'ai et que vous n'avez pas . »

On aurait pu la résumer à cette simple phrase.

De retour chez elle, c'est devant un café trop fort servi dans des tasses 1er prix qu'elle me raconta sa vie dont je n'avais strictement rien à foutre.

« Si j'avais su que tu venais, je me serais habillée autrement ! »

C'est sûr que sa tenue jurait avec la mienne. Mon costume Versace contre sa tenue de ménagère achetée par correspondance sur le catalogue de la Redoute.

Il n'avait pas fallu bien longtemps pour qu'elle se laisse embrasser.

Il n'avait pas fallu bien longtemps avant qu'elle m'emmène vers le lit.

Je l'avais sauté pendant une petite dizaine de minutes, ne prêtant attention qu'à mon plaisir au détriment du sien.

J'avais ensuite fait un nœud au préservatif gorgé de foutre avant de le jeter à la poubelle.

Elle se rhabillait en attendant quelque chose de moi. Un mot, une demande.

Elle savait que je ne l'avais pas oublié, et elle avait cru que je venais pour... L'enlever, ou quelque chose comme ça.

Mais non. J'étais juste venu terminer ce que j'avais commencé dix ans plus tôt. Ma symphonie inachevée. Ma sale symphonie...

Négligemment, j'avais posé deux billets de 100€ sur la table de chevet.

Machinalement, elle les avait pris.

Définitivement, c'était une pute.

  • Et... C'est tout ? Avait t-elle bredouillé en me voyait franchir le seuil de sa porte

  • Tu t'attendais à quoi ? Avais-je répondu, la toisant d'un regard méprisant

Elle avait éclaté en sanglot. Je jouissais intérieurement.

J'avais amorcé une bombe à retardement, je n'avais plus qu'à attendre.

Ce soir, j'avais décidé de dîner à la Cours des Rois. Un resto select , très cher et très huppé.

Pour elle, ça serait ravioli.

* * *

« Les affaires sont plutôt bonnes ! »

Mon bon vieux conseiller financier m'explique que j'ai plus d'argent aujourd'hui que lorsque j'ai gagné au loto, grâce aux placements qu'il a effectué pour moi.

Je suis plus riche de 4 ou 5 millions.

Champagne !

Je reçois un fax.

Gilles s'est suicidé.

Champagne !

Dylan, le fils de Muriel, a pris 3 ans ferme pour trafic de drogue.

Champagne !

Muriel a sombré dans l'alcool.

Champagne !

L'eau de la piscine est à 32 degrés. Maintenant, j'aime la chaleur.


Clément Paquis ©2011

samedi 30 juillet 2011

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