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N’importe où

J’avais douze ans lorsque, pour la première fois, cet insupportable sentiment d’être seul au monde s’estompa le temps d’une lecture. J’avais emprunté à la bibliothèque municipale « Le voyage de Simon Morley », de Jack Finney. L’histoire d’un type – Simon Morley – qui voyage dans le temps, non pas grâce à une machine, mais simplement en utilisant une sorte de technique d’auto-hypnose : Simon se persuade qu’il est au XIXe siècle, et voilà qu’il finit par s’y trouver.
L’année suivante, celle de mes treize ans, je découvre « Le jeune homme, la mort et le Temps », de Richard Matheson. Scénario différent, mais… là aussi, un homme parvient à voyager dans le passé simplement en se conditionnant à croire qu’il s’y trouve. Ça ne pouvait pas être un hasard.
Trois ans plus tôt. J’ai dix ans et je lis avec avidité l’un de ces mangas de science-fiction pour ado que les nippons produisent en quantité industrielle. L’histoire raconte les aventures d’un petit garçon, Taïko, qui a le pouvoir de voyager dans le Japon médiéval en invoquant les esprits. Les dessins sont intenses, immersifs, et, en refermant le livre, j’ai l’impression d’être encore dans ce monde de samouraïs et de ninjas. Puis, je pose le manga et observe le monde autour de moi. Quelque chose a changé. Pas un détail, non. Je suis passé du décor rassurant de ma chambre à celui d’un Japon que je n’ai jamais vu ailleurs que ce genre de bouquin que je viens de terminer.
Au loin, des types à cheval chargent dans ma direction. Aucun doute : ce sont des samouraïs. Je ferme les yeux très fort en me prenant la tête entre les mains. Ça ne peut pas être réel — et pourtant, j’entends le bruit des sabots qui se rapprochent. Je pense : Je veux rentrer chez moi — et de toute ma vie, je n’ai jamais rien pensé aussi fort. Les bruits s’arrêtent. J’ouvre les yeux. Je suis de retour dans ma chambre.
Pendant deux années, de mes dix à mes douze ans, je refuse de lire, de regarder la télé ou d’aller au cinéma. J’évite tout ce qui pourrait me passionner, m’habiter, de peur que ce que j’ai vécu dans ma chambre, ce jour-là, par la lecture d’un simple manga, ne se reproduise. Deux années d’ennui, pendant lesquelles mes parents se réjouissent de me voir progresser à l’école. Car en effet, étudier les maths, la grammaire, c’est une activité froide, scolaire, qui ne fait à aucun moment appel aux rêves ou à l’imaginaire. Ça me tient concentré sur quelque chose de concret, de rassurant. Et puis c’est bon pour ma scolarité…
Tout change avec la lecture de Finney. J’ouvre un livre pour la première fois depuis bien longtemps, et ça n’est pas un hasard si c’est celui-ci. J’en ai entendu parler en cours de sciences physiques. Notre prof, madame Maduro, est une scientifique passionnée de SF. Je ne sais plus quelle digression l’a amenée à évoquer les voyages dans le temps, et puis ce livre en particulier. Mais lorsqu’elle en a fait la description, j’ai eu comme une révélation : Finney a vécu la même chose que moi, et il en a fait un livre. Même chose pour le roman de Matheson. Une telle similitude dans ce concept de voyage dans le temps par auto-hypnose ne peut pas relever uniquement du hasard — ou du plagiat.
Au moment de ma prise de conscience, Finney est déjà mort. Mais Matheson vit. Il ne décédera qu’en 2013. Les écrivains, même célèbres, sont beaucoup plus faciles à dénicher qu’on peut le croire — contrairement aux acteurs, par exemple. En quelques clics sur Google, j’apprends que l’auteur a ses habitudes au Saddle Peak Lodge, où il déjeune souvent plusieurs fois par semaine.
C’est en Californie, dans les collines entre Calabasas et Malibu. Je vis à Meudon, en France. Et je ne suis pas encore majeur…
Assis devant mon ordi, je contemple avec frustration la photo de ce restaurant que m’affiche Google. Le repère de Matheson. J’aimerais tant m’y trouver… Et l’instant d’après : j’y suis.
Ado français au milieu de ce décor où des yankees tout droit sortis de séries US boivent des Bud à la bouteille en se bâfrant de travers de porc. C’est terrifiant, déstabilisant, mais… moins que lorsque je m’étais trouvé, des années plus tôt, face à une cavalerie nipponne en pleine charge. Et je vois Matheson, attablé dans le coin le plus discret du restaurant, et qui me regarde l’air hébété, un bretzel figé dans sa main droite. À coup sûr, il m’a vu « apparaître ». Il finit par se décrisper et me fait signe de venir à sa rencontre.
Mes notions d’anglais face à ses notions de français rendent une ébauche de conversation possible. Et très vite, il me met en garde : « N’utilise pas ce truc, petit. Ça peut être très dangereux. Moi, j’y ai renoncé depuis longtemps. » Je lui réponds que je n’ai rien demandé. Que ce truc-là semble arriver indépendamment de ma volonté. Il me sourit. « De la même façon que ta volonté peut te faire voyager dans le Temps et l’espace, elle peut également désactiver ton aptitude. Il suffit que tu le veuilles très fort. »
Il me raconte ensuite son expérience. Comment il a découvert ce qu’il appelle l’aptitude. Comment il y a renoncé grâce à la méthode qu’il m’a décrite. Les risques qu’il a courus à l’époque où il s’amusait à s’en servir. Puis il se lève, lance deux billets sur la table, me touche l’épaule et me dit d’une voix discrète : « Do whatever you want, kid. But if I were you, I’d get rid of that thing before something bad happens… » — et il s’en va.
Quelques instants plus tard, je suis de retour chez moi. C’est fou comme il devient facile de maîtriser l’aptitude. Il suffit de s’en servir, en fait. Et m’en servir, ça j’y compte bien.
Les semaines qui suivent, je voyage un peu partout sur la planète. D’abord, je visite des îles aussi désertes que paradisiaques. Aldabra, Clipperton, l’atoll de Palmyra, les îles Cocos… Je choisis ces endroits afin d’éviter d’y croiser une population humaine qui risquerait de me voir « apparaître », comme sorti de nulle part. Je ne veux pas d’ennuis. Mais je constate vite que les gens ont un comportement de déni très important lorsqu’ils sont confrontés à quelque chose qu’ils ne peuvent expliquer. Ils se frottent les yeux, prennent un air intrigué, et… reprennent leur chemin, tout bonnement. Plus tard, une explication rationnelle finira par sortir de la bouche d’un Youtubeur scientifique, qui expliquera comment la réverbération de la lumière peut produire certaines illusions d’optique, ou par celle d’un psychologue, qui consacrera un podcast à décrire les mécanismes de la fatigue, ces mêmes mécaniques capables de provoquer des hallucinations.
Les années passent, et avec elles, la maîtrise de mon aptitude se solidifie. Je manie de mieux en mieux la chose. J’ai une petite amie à Québec, une autre à Sydney et une troisième à Berlin. Je me suis fait apparaître à plusieurs reprises en pleine forêt amazonienne, devant une tribu reculée qui m’a pris pour un Dieu. J’ai campé plusieurs jours sur l’île Amsterdam, petit morceau de France dans l’océan Indien. J’aime ce pouvoir maintenant que je sais le maîtriser. Je ne le crains plus. Je sens qu’il ne peut rien m’arriver. Je me trompe.
C’est un samedi soir, jour d’hiver en France, et je me dépêche d’engloutir un repas avant de sortir. Dehors, il fait froid, il neige, mes amis m’attendent au pub. On compte écluser quelques bières et faire une ou deux parties de billard avant d’aller danser. J’ai rompu avec mes petites amies de Sydney et de Berlin. Je vois encore celle de Québec, mais plus comme sexfriend… Avant de sortir, j’attrape une pomme. Je la mangerai en route. Trois kilomètres séparent mon appartement du pub irlandais où mes amis et moi avons nos habitudes. Il fait vraiment froid, peut-être un degré. Voire zéro. Je croque dans ma pomme tout en marchant, et c’est à ce moment-là que ça arrive.
Un morceau du fruit, pas suffisamment mâché, se coince dans mon gosier. J’étouffe. Autour de moi : personne. Je ne parviens plus à respirer, je tousse, je n’arrive pas à expulser le morceau de pomme logé au fond de ma gorge, et l’espace d’un instant, le froid, la peur et le sentiment d’asphyxie m’évoquent le vide spatial.
Quelques secondes avant de mourir, j’aperçois au loin la planète bleue. Mes yeux me brûlent, mes tympans me font atrocement mal, mon corps gonfle et ma salive entre en ébullition. Je vais mourir, c’est une question de secondes, et la dernière pensée qui me traverse l’esprit avant de perdre conscience pour toujours, ce sont les mots de Matheson, dans ce troquet de Californie, quelques années plus tôt.
Do whatever you want, kid. But if I were you, I’d get rid of that thing before something bad happens…
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La voix de la raison

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La Grande Ligne Plate

L’homme est fasciné par la performance. Je crois que c’est ce constat qui a motivé Jorgen Phil a penser sa « grand ligne plate». L’idée, c’était de donner la possibilité à l’homme d’acheter physiquement son salut par sa performance physique. Un peu à la manière du gladiateur qui gagne sa liberté à force de combats héroïques dans l’arène.
La Grand Ligne Plate était une piste en bitume de 6000km qui reliait Paris à New-York en ligne droite. Elle surplombait les terres mais surtout les océans à plus de 2 000 mètres d’altitude. C’était une sacrée prouesse, un genre de « tunnel sous la manche » privé que Jorgen Phil s’était payé avec ses propres deniers, à la différence que ça n’était pas un tunnel et qu’il surplombait l’atlantique. Parler d’argent ici serait indécent, mais à l’époque de son inauguration, question coût, on parlait de la moitié du PIB de la Chine. Je ne saurais dire si on avait exagéré.
Emprunter la Grande Ligne Plate était gratuit. Bon, presque gratuit. On payait tout de même l’ascension. Depuis Paris, porte de saint-Cloud, on lâchait huit euros au liftier chargé de conduire le wagon jusque dans les hauteurs. Une fois là-haut, on montait sur son vélo et c’était parti pour le grand voyage. Ah oui, je n’ai pas précisé : la Grande Ligne n’était accessible qu’aux cyclistes.
De Paris à New-York, il n y avait rien d’autres que de la route. Ni buvettes, ni aire de restauration, ni gîte, ni hôtel. Une fois en haut, on avait intérêt à avoir pris de quoi tenir avec soi.
Je sais que le nom de Jorgen Phil vous dit quelque chose. Je vous aide : « Les saucisses Jorgen, on les aime, on les aiimmeuuh, les saucisses Jorgen, font la fête dans vos assiettes ! »
Voilà. Je n’ai encore jamais rencontré quelqu’un qui n’ai pas mangé un jour une saucisse Jorgen. L’air de rien, la saucisse, ça paye, ça paye plutôt pas mal. À notre époque, où l’or vaut cent fois moins qu’un boyau de cochon, on peut dire que le père Jorgen avait bien su mener sa barque. Ce qu’il avait gagné avec ses abattoirs, il l’avait investit dans sa Grand Ligne Plate. Philanthrope, le bonhomme, que je me disais.
La plupart de ceux qui choisissent la Grand Ligne Plate sont des marginaux. Ils quittent l’Europe pour partir « à la conquête de l’Amérique » ainsi qu’ils l’ont vu dans les films. Cette idée de tout recommencer ailleurs est tenace chez les désespérés. Moi, désespéré, je ne l’étais pas. J’avais juste le goût du défi et de l’aventure. Mon vélo était un modèle Z33 de chez Layer industrie. Je l’avais payé plus de 30 000 euros puisés sur l’hypothèque de ma maison. Pneus increvables, selle masseuse, injection d’endorphine et de cortisol à gogo, je me voyais faire l’aller-retour six fois en danseuse et en redemander ! J’imaginais les crépitements des appareils photos des journalistes à mon arrivée à New-York city, et ces quelques mots d’anglais que je leur lancerais du haut de ma superbe : « Well, that was nothing, you know ; it’s just… well, I mean : I’m just french ! » et les voir rire à ces bons mots.
Je suis parti un vendredi. J’avais bien dormi la nuit passée. Très important le sommeil. J’avais avalé un repas longue portée, ceux qui vous rassasient pour six jours. Comme je vous le dis, je n’avais rien laissé au hasard.
Lorsque l’ascenseur a atteint le sommet, le point de départ de La Grande Ligne Plate, je me suis senti envahi d’un sentiment d’orgueil. Lorsque l’on voit le monde d’en haut, on a vite l’impression d’être Dieu.
La route faisait environ deux cents mètres de largeur. Ça peut paraître beaucoup pour qui a l’habitude de rouler sur Terre, mais lorsque vous êtes suspendu à deux kilomètres du sol, les dimensions vous paraissent toujours trop étroites.
Un huissier avait donné le top départ et nous nous étions mis en route.
La plupart de mes compagnons d’aventures roulaient sur des vélos non-entretenus. À peine dix kilomètres passèrent avant que ne surviennent les premiers accidents. Pneus crevés, chute, chaîne qui cassent. Les petits joueurs faisaient demi-tour direction l’ascenseur. Heureusement pour eux, ils n’étaient pas encore bien loin du point de départ.
La nuit, j’avais l’habitude de planter ma tente tout au bord de la route. Les pieds dans le vide, je contemplais les nuages en croquant dans ma ration. Personne n’osait venir me déranger, tous me croyaient fou, inconscient de m’installer si prêt du bord. J’étais pourtant bien plus prudents qu’eux.
J’ai vu les premières bagarres à partir du kilomètre 400. Des coureurs partis sans prendre suffisamment de provisions, sans tente, sans réfléchir. Au kilomètre 900, j’avais déjà assisté à plusieurs scène de lynchage suivi de cannibalisme. Je passais devant eux, frais comme une rose, pédalant calmement sur mon vélo de luxe et ils ne semblaient même pas me voir. Sans doute croyaient-ils que j’étais un membre du staff pour être aussi propre sur moi à ce stade de la compétition.
Mais des membres du staff, il n y en avait pas. L’anarchie régnait du début à la fin, du départ jusqu’à l’arrivée. La Grande Ligne n’était couverte par aucune juridiction. L’on pouvait y tuer sans être inquiété et les participants ne s’en privaient pas.
La nuit, je m’asseyais sur le rebord du monde, les pieds dans le vide, et je regardais les autres me prendre pour un fou. Pratique, ce rôle de désaxé. C’est un répulsif à emmerdeur naturel. J’adorais voir les nuages d’en haut, j’oubliais que j’étais entouré de cinglés prêts à s’entre-tuer et je me contentais de profiter du voyage.
À mi-chemin, je ne croisais plus que des zombies. Ravagés par la fatigue, entamés par la tremblotte que provoque le cannibalisme, ils ne roulaient plus droits et finissaient par tomber dans le vide, comme des mouches aspergées d’insecticide.
Sur la ligne d’arrivée, nous étions environ soixante, contre plus de mille au départ.
Je ne dirais pas que j’étais en forme, non, mais je n’étais pas anéanti. J’avais bien préparé mon voyage, bien dormi, bien mangé, le voyage avait été rude mais passionnant. Lorsque j’ai vu la route s’incliner et s’incliner encore vers le bas, tel un pont-levis désarticulé, j’ai eu le bon réflexe.
Le modèle Z33 est munie d’une option rétropédalage à l’hydrogène. Coûteuse, l’option, mais j’aime mettre toutes les chances de mon coté.
Alors que tous les autres participants tombaient dans le vide, s’écrasant dans les bennes de ce qui me semblait être un énorme bâtiment de nettoyage industriel, je remontais une pente à 50 degrés en pédalant doucement pour aider le moteur.
J’ai fait peut-être trente kilomètres à contresens avant qu’une navette estampillée Jorgen Phil ne se pose devant moi. Deux types en costume, l’air très gênés, sont venus à ma rencontre et m’ont proposé un apéritif. Après un aussi long voyage, j’avais plutôt envie d’une douche et d’un bon lit, mais j’ai tout de même accepté de bon cœur.
Entre deux coupes de Cristal, ils m’ont fait une proposition du type de celles qu’on peut difficilement refuser. D’abord parce qu’ à une époque où 90% de l’humanité vit sous le seuil de pauvreté, on ne refuse pas dix millions d’euros. Ensuite parce que j’ai vite compris qu’il n y avait pas d’alternative viable à cette offre qu’ils me faisaient.
Ce que j’avais vu ne me donnait pas le droit de regagner l’humanité tout frais en vélo, comme si de rien n’était.
Depuis deux mois maintenant, je fais la promotion des saucisses Jorgen Phil partout dans le monde. J’en suis l’ambassadeur international. En tant que « grand vainqueur de la Grande Ligne Plate », on me reçoit comme un chef d’Etat partout où je vais.
Aujourd’hui, je peux vous le dire, « les saucisses Jorgen font la fête dans vos assiettes » , mais quelques jours auparavant, elles faisaient du vélo.
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Haine aveugle

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Péripathétique

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Si ma tante en avait…

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Tout un fromage !

Renée était pliée en deux sur la cuvette des toilettes. Oh misère, quelle gueule de bois… Elle se vidait par tous ses orifices et si elle avait été en mesure de penser, elle se serait faite la promesse de ne plus jamais toucher une goutte d’alcool. Et pourtant, chaque année à la même date, elle revenait sur cette bonne résolution. Le Grand Sabbat était l’occasion pour elle de se murger avec les copines et lorsqu’elles étaient toutes là, réunies autour de la table de banquet à évoquer leurs faits d’armes autour de grandes tartines de fromage made-in-Renée, l’alcool coulait à flots.
Il faut dire que la période était prospère pour les sorcières. Dernièrement, l’humanité avait sombré dans la plus abyssale des sottises et, manipulée en amont par ces talentueuses jeteuses de sorts, s’était fait l’écho d’absurdités idéologiques confinant à la psychiatrie.
L’Homme, lorsqu’il se croyait du côté de la vertu, n’avait pas de limites. Il était prêt à imposer à ses contemporains des comportements et manières de vivre relevant de la folie furieuse. Dans le cas où ces mœurs clamés vertueux n’étaient pas respectés, il s’octroyait le droit de sortir de l’humanité ses adversaires idéologiques. Je suis le Bien, si t’opposes à moi, c’est que tu es le Mal, et tuer le mal n’est pas un crime, se répétait en boucle le vertueux, si bien que d’idéologue il devenait psychotique. Nazis, Khmers rouges et autres fanatiques religieux de tout poil n’avaient cessé d’illustrer cette règle intangible au cours de l’Histoire humaine.
Renée avait passé sa soirée de la veille à rire des anecdotes de ses consœurs. Et lorsqu’elle rigolait, elle ne faisait plus attention à ce qu’elle buvait. Mais bon sang, ces histoires de trottoirs plus larges pour éviter les agressions, d’indifférenciation des sexes, de déconstruction, le tout porté au nu par de jeunes personnes naïves souvent aux limites de l’inculture et sans le moindre esprit introspectif, voilà qui était un coup de maître de la part de ses sœurs. Jadis, les tentatives des sorcières pour corrompre le genre humain s’étaient soldées, à relativement court terme, par des échecs. La violence des idéologies antagonistes du XXe siècle avait démontré les failles de ces sortes de logiques meurtrières. Elles ne duraient pas. Comme d’une maladie, l’humanité finissait par s’en débarrasser, et bien souvent dans le sang et les flammes.
Avec cette nouvelle sorte d’aliénation, point de sang, point de flammes, mais une lente dégénérescence de la société, où toute règle, toute morale étant jugée réactionnaire et donc nazie par les gardiens de la vertu, dispensait à jamais ce même camp du Bien d’en inventer une nouvelle. La seule règle de la secte étant qu’il était interdit de critiquer et la secte et son dogme. Pudeur, courtoisie, beauté, classe, toutes ces valeurs qui composaient jadis le socle de la civilisation se retrouvaient moquées, ostracisées, ridiculisées comme autant de jalons d’un monde dont il fallait à tout prix se débarrasser.
Renée n’était ni féministe, ni antiraciste, ni woke ni pro-trans, elle était une sorcière qui avait signé, comme toutes les sorcières, un pacte avec le diable. Et de ce pacte découlait une conduite qu’adoptait toute sorcière. Viser la destruction de l’humanité par tous les moyens possibles et imaginables. Celui-ci n’en était qu’un parmi tant d’autres.
Plus tard, assise devant son mug « J’M Belzébuth » dans lequel un alka-Seltzer finissait de se dissoudre, Renée se massait les tempes quand elle entendit frapper à sa porte. Qui venait donc l’importuner aussi tôt un dimanche matin ? Un rapide coup d’œil au travers du judas lui permis de découvrir le visage de l’importune. Cheveux bleus et violets, coupés courts, la moitié droite du crâne rasée, des anneaux au nez, aux lèvres, aux sourcils et probablement ailleurs dans des zones invisibilisées par les vêtements, vêtue d’un t-shirt mauve où l’on pouvait lire peint en gris « ACAB » à côté d’un symbole de poing levé, la caricature du progrès se tenait à l’entrée du domicile de Renée. Son large sourire faisait ressortir un immonde vert-à-lèvres qui rappela aussitôt à notre sorcière l’album « Astérix en Helvétie », où les vestales incarnant la décadence rivalisaient d’imagination pour s’enlaidir.
Renée était amusée par cette espèce d’idolâtrie que ces femelles humaines ressentaient pour sa personne. Dans les cercles du pouvoir médiatique, elle était l’invitée de référence des émissions où il était question de déconstruction, de pouvoir patriarcale blanc ci-genre, de culture du viol, d’humour oppressif, et toutes ces inventions démoniaques sorties des nombreux conclaves de sorcières durant lesquels les suppôts de Satan complotaient sur la meilleure façon de pousser l’humanité à sa perte. La fille de l’autre côté de la porte ne deviendrait jamais sorcière. Trop bête, et probablement trop bienveillante. Faire le mal, c’était un combat de judo qui consistait à utiliser la vertu des humains contre leur propre race, les persuadant ainsi qu’ils étaient des êtres bons alors qu’ils faisaient objectivement le mal. Il fallait être futé pour faire le mal, le penser, le conspirer dans tous ces détails que le rendaient efficace. Et la plupart des spécimens du type de celui qui attendait devant la porte était tout juste pourvu d’une cervelle.
« J’ai lu TOUS-VOS-LIVRES, madame Latourbe ! » se vantait la jeune fille assise face à la sorcière, un mug de chicorée fumante devant elle. Renée pouffa intérieurement. Des livres, elle n’en avait écrit aucun. Elle utilisait plusieurs nègres pour ce travail rébarbatif, des auteurs sans talents qui ne voyaient pas d’offense à écrire pour quelqu’un d’autre, du moment qu’ils étaient payés. Il y avait six livres signés Renée Latourbe. « Comment déconstruire son petit-ami » « Le féminisme du XXIe siècle face au néonazisme patriarcal blanc », « humour oppressif : comment les comiques font le jeu de la Réaction » « Charge mentale : de quelle manière l’homme oppresse la femme en étant lui-même » « Politique du genre : pourquoi l’homme blanc a imposé une sexualité oppressive » … Tous ces poncifs du progressisme réassemblés dans tous les sens suffisaient à plaire à son lectorat d’illuminées. À vingt euros le livre, l’avenir financier de Renée était assuré grassement. La femme (Renée supposait qu’il s’agissait d’une femme, sans vouloir mégenrer son interlocutrice) ne cessait de déblatérer, réactivant ainsi chez la sorcière un début de migraine.
« Pardonnez-moi un instant, siffla t’elle, j’ai besoin de prendre une aspirine. »
Renée s’éloigna vers la salle de bain, et alors qu’elle cherchait de quoi calmer sa migraine sur le retour, elle entendait sa groupie qui s’extasiait sur les photos accrochées au mur. « Oh ! Une photo de vous avec Sandrine Rousseau ! Oh une autre avec Caroline de Haas ! Tiens ? Mais ça n’est pas Robin Di Angelo sur celle-ci ? » et Renée oyait ainsi son invitée énumérer les noms de ses consœurs. « Oh ! Une cuve remplie d’enfants morts ! Attendez… Quoi ?! »
Et merde. La fouineuse avait poussé la curiosité jusqu’à ouvrir la porte de la cave où chaque année Renée préparait son fromage en vue du sabbat. Un fromage de gosses comme elle seule en avait le secret, avec juste ce qu’il fallait de paprika, de thym, de sel de céleri et quelques mômes entre quatre et six ans. Un régal à propos duquel sa sororité la couvrait d’éloges à chaque nouveau festin.
« Je…Sont-ce des enfants de nazis ? »interrogea notre ingénue progressiste avant de se voir rétamer par un formidable coup de pelle. « Ils sont utiles, mais qu’est-ce qu’ils sont cons… » maugréa Renée, la pelle ensanglantée à la main et soudain d’humeur noir. Car si tuer ne la dérangeait pas (elle était plutôt douée pour cette activité qu’elle considérait comme un loisir) le gaspillage avait le don de la mettre en colère. Ses cuves étant pleine, et le cadavre de la jeune femme de toutes façons bien trop gros, elle ne pourrait en tirer le moindre fromage. Même pas de quoi s’enfiler une tartine. Ça lui faisait l’effet de jeter à la poubelle un gros gâteau fumant qui sort à peine du four.
Un coup de fil plus tard, elle avait retrouvé le sourire. Sa bonne amie Adnée, antique sorcière de cent-dix-neuf ans, viendrait lui prendre le cadavre pour en faire du pâté. Adnée était au pâté ce que Renée était au fromage, à cette différence près que l’âge des ingrédients n’avaient que peu d’importance pour la confection de terrines humaines. Lorsqu’aux alentours de trois heures du matin, elles chargèrent ensemble le corps de la petite curieuse dans le coffre de la deux-chevaux d’Adnée, cette dernière lâcha en ahanant: « Tu vois, à chaque problème sa solution ! C’était pas la peine d’en faire un fromage ! »
Et les deux sorcières partirent d’un rire démoniaque qui sembla durer une éternité.
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L’Arbre unique

C’était une autre magnifique journée ensoleillée qui commençait. L’astre du jour, gigantesque, éclairait l’Arbre de ses rayons bienfaisants. Joshua était assit sur l’une des plus hautes branches, et ses jambes pendaient dans le vide. Il avait roulé une feuille de plyme, cette plante feuillue qui poussait un peu partout, pour s’en faire une cigarette et fumait lentement en prenant bien garde de ne pas se faire prendre par sa mère. Plus bas, Gédéon était occupé à cuisiner et les bonnes odeurs de légumes et de viande grillée remontaient au nez de Joshua qui en avait l’eau à la bouche.
L’Arbre, c’était tout ce qu’il connaissait du monde. Énorme, massif, aux ramifications multiples, il siégeait tel un maître des horloges. La branche la plus fine faisait dans les deux cents jalons. Un jalon, c’était un corps d’homme étendu à terre, bras contre corps, de la tête aux pieds. La ramification la plus épaisse connue de l’Arbre faisait plus de six milles jalons. À chaque niveau était établi un village mais Joshua n’en connaissait qu’une poignée. Lui-même avait grandi à Shushna, un bourg de mi-hauteur du haut duquel la vue, déjà magnifique, dépassait les branchages et tout le fourbi qui se trouvait à proximité de la racine et qui empêchaient de voir au loin.
L’Arbre fournissait à ceux qui vivaient sur ses branches une protection complète. Aux craquelures de son écorce, on pouvait recueillir de l’eau fraîche, et sur son bois poussaient quantité de végétaux succulents à cuisiner. Les bestioles qu’on pouvait facilement trouver ça et là, accrochées au tronc sur lequel elles cherchaient leur propre nourriture, donnaient autant de viandes savoureuses à faire rôtir, frire ou bouillir. La température était égale à tout moment de la journée, de l’année. Autour de vingt-trois degrés. L’endroit était, en définitif, un vrai petit paradis.
Joshua avait dans l’idée de se rendre au marché. Pour cela, il lui fallait descendre plusieurs niveaux, peut-être quatre ou cinq, et à cette simple idée la lassitude le gagnait. Il reluquait avec envie Gédéon qui s’affairait à la préparation de son festin. « Tu n’inviterais donc pas un bon ami à partager ta pitance ? » lança Joshua d’un ton plein de supplication. Gédéon fronça les sourcils, réfléchit un instant et répondit « C’est d’accord, contre une vingtaine de tes cigarettes ! »
La négociation fût brève et s’arrêta sur le chiffre douze, ce qui tombait bien car Joshua n’en avait pas roulé d’avantage. Sur l’Arbre, chacun monnayait du mieux qu’il pouvait les qualités dont il était pourvu, et Joshua était un excellent rouleur de cigarettes.
Le repas dura une bonne demi-heure. Chacun mangeait silencieusement brisant parfois son mutisme par une remarque sur la qualité de la viande, sur la sauce, que Gédéon avait une fois de plus magnifiquement réussi, sur ces épices qui rendaient le tout à la fois succulent, tendre et raffiné.
Lorsque les assiettes furent enfin vides, Gédéon rota bruyamment, ce qui fit éclater de rire son camarade de festin. Puis chacun s’alluma une cigarette tirée du butin récemment acquit par Gédéon.
« J’ai envie de descendre au marché de Luzam » dit Joshua, tirant sur sa sèche le regard au loin. J’aimerais que tu viennes avec moi. Tu sais que je déteste me retrouver seul au milieu d’une foule… » Gédéon opina du chef. Une petite expédition là-bas lui permettrait sûrement de dégotter quelques ingrédients en vue d’un prochain festin. Le marché de Luzam avait la réputation méritée d’être abondamment achalandé.
Après avoir prévenu sa mère de son départ et lui avoir demandé si elle désirait qu’ils en profitent pour lui ramener quelques victuailles, les deux amis prirent la route. C’était une sorte de chemin en colimaçon tracé il y a de cela bien longtemps tout autour de l’Arbre afin de faciliter la circulation commerciale. La grimpette, c’était toujours agréable quand on était jeune, mais avec un sac rempli de denrées sur le dos, ça pouvait vite devenir pénible.
Le voyage dura un peu plus d’une heure et demi et lorsque nos deux amis arrivèrent à destination, la place du marché était en pleine effervescence. Les échoppes de marchands, collées les unes aux autres, étaient copieusement garnies de marchandises, majoritairement des denrées alimentaires, et l’on entendait les commerçant rivaliser d’audace dans l’étalage de leurs boniments pour attirer à eux les clients potentiels. Rapidement, Gédéon repéra l’étale du vieux Goujon, un ami de son père et qui s’était spécialisé dans la négoce d’épices en tout genre. Sur l’Arbre, les épices étaient particulièrement recherchées car c’était elles qui permettaient d’assaisonner les viandes dont le goût était, sans cela, particulièrement neutre. « On se retrouve plus tard ? » Lança Gédéon à son ami, lequel opina du chef avant de s’éloigner de son côté.
Car la véritable raison qui avait poussé Joshua à faire route vers le marché de Luzam n’avait rien à voir avec la gourmandise. Il savait qu’ici, il trouvait Lodia, la belle Lodia. Ils s’écrivaient depuis deux mois maintenant, et chaque soir, dans son lit, quand tout le monde dormait déjà, il relisait ses lettres et s’enivraient de ses mots. C’était le genre de choses dont on ne parle pas avec ses amis, on a vite fait de se faire railler, alors c’était une bonne chose que Gédéon parte de son côté.
Elle était là, assise sur un banc entre l’échoppe du marchand de cuillères et la petite fontaine creusée dans l’écorce où étaient en train de se rafraîchir une poignée d’enfants. Elle le vit et sourit. Lui, rougit et s’avança. Son cœur battait la chamade. Il avait l’impression que le sol tremblait sous ses pieds.
Mais le terre tremblait véritablement et les échoppes s’entrechoquaient les unes contre les autres. Les gens tombaient, et Joshua vit avec horreur Lodia glisser vers le bord de l’Arbre. Au-delà, c’était le vide et la chute, la mort assurée. Tout le monde hurlait, chacun tentait de s’accrocher à ce qu’il pouvait mais régulièrement, les tremblements, toujours plus intenses, avaient raison de la force physique de ces désespérés. Ils lâchaient et se retrouvaient propulsés dans le vide.
Joshua se précipita vers Lodia et réussit à lui attraper la main in extremis. Un instant plus tard, elle aurait été perdue. De sa main droite, il se cramponnait de toutes ses forces au pied du banc, fiché dans l’écorce. De l’autre, il tenait Lodia mais il sentait qu’elle lui échappait, ça n’était plus qu’une questions de secondes avant que sa main ne glisse et qu’elle tombe elle aussi, accompagnant dans la mort tous ces pauvres gens qui l’avait précédé dans l’abîme. Soudain, ce fut comme si le ciel et la terre inversaient leurs positions. Il ne servait plus à rien de se s’agripper à quoique ce soit car c’était comme si la pesanteur n’existait plus. Les corps flottaient, le visage cinglé de vent, l’Arbre lui-même semblait comme découplé de toute stabilité. « Je t’aime ! » hurla Joshua à Lodia avant que sa main ne lui échappe définitivement. Il vit son corps s’éloigner, il vit le sol se rapprocher, si vite, et puis, ainsi que tous les autres habitants de l’Arbre, il ne vit plus rien.
* * *
« C’est pas moi, j’ai rien fait ! »
Marco tenait ses mains en l’air, comme un voleur mis en joue par des gendarmes. Du haut de ses huit ans, il savait parfaitement quel genre d’argumentaire développer en cas de bêtise. « C’était comme ça quand je suis arrivé ! » jura t-il à sa mère qui contemplait, les bras croisés et les sourcils froncés, le résultat des âneries de son fils. À ses pieds, c’était une catastrophe. Il y avait de la terre et éclats de verre partout, un vrai massacre. « Je t’ai dit cent fois de ne pas jouer ici ! File dans ta chambre , tu es puni !» cria t-elle à l’endroit de son fils, lequel parti en faisant semblant de pleurer, bien content d’échapper à la fessée. Elle se saisit ensuite en soupirant d’une balayette et d’une pelle et s’agenouilla pour ramasser les débris, prenant garde de ne pas se couper avec les morceaux de verre. Ça lui faisait quelque chose, tout de même. C’était un cadeau de sa mère, et depuis douze ans, elle en prenait un soin particulier, au point qu’elle avait réussit à le maintenir en vie au-delà de toute espérance. Elle soupira à nouveau et se rasséréna. Demain, elle se rendrait à la jardinerie. Elle y trouverait sûrement un nouveau bonsaï.
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Koukouibou

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Le pouvoir des fous

C‘est un mardi matin, quelques instants avant le conseil des ministres, que Charles Bouvier décida de massacrer toute sa famille à l’aide d’une scie-circulaire. En une vingtaine de minutes, Bouvier réduit en charpie sa femme, ses trois enfants ainsi que le chien. L’information fit scandale, si bien que le ministre de l’agriculture fut dépêché en catastrophe pour prendre la parole et ainsi répondre aux hurlements qui lui parvenaient des réseaux sociaux.
« Le gouvernement est profondément ému par cet acte barbare, et nous sommes bien décidés à y répondre de la manière la plus ferme, notamment en procédant à l’interdiction immédiate, totale et définitive, des scies-circulaires sur le territoire de la République. »
Sur les réseaux sociaux, on poussa un soupir de soulagement, puis l’on retourna traquer le chanteur, l’acteur, l’homme politique ou le présentateur TV à l’humour définitivement trop noir ou trop osé pour être conforme à ces valeurs progressistes qui sont les nôtres.
Deux mois plus tard, peu de temps avant que le président de la République ne rende hommage aux martyrs de la grande guerre, l’on apprit que Tarik Benboulian, trente-quatre ans, avait décidé de faire de la soupe avec les organes génitaux de son épouse, le tout assaisonné d’une poignée de romarin, de sel et d’huile d’olive.
« Toujours les mêmes ! » hurla la droite des réseaux sociaux, demandant à ce que l’on rétablisse la peine de mort, la torture, et que l’on rouvre les bagnes pour y faire travailler à vie et dans la douleur ces fumiers d’assassins qui salissaient tout espoir d’appliquer un jour le vivre-ensemble à notre beau pays.
Le secrétaire d’Etat à la gastronomie pris alors aussitôt la parole, assurant que le gouvernement n’allait pas en rester là, et allait édicter de manière imminente, une loi dévolue à réguler la vente d’huile d’olive, de romarins, et qu’une surveillance toute particulière serait appliquée afin de garder à l’œil les consommateurs d’herbes de Provence.
Lorsque trois mois plus tard, Jacques Grosbouillon assassina son voisin ainsi que toute la famille de ce dernier, arrachant leurs cervelles de leurs têtes pour en faire de la terrine de campagne, les réseaux sociaux tonitruèrent à l’unisson que c’était un scandale, et que le pouvoir avait vraiment intérêt à agir avant que le retour des années sombres ne se fasse sentir.
Le président de la République prit alors la parole en personne, et annonça qu’aucune mesure ne serait prise par le pouvoir. Devant les cris de protestations en provenance de l’Internet, il se dépêcha de préciser qu’il était déjà interdit depuis bien longtemps de se trouver en possession d’une cervelle sur le territoire de la République, et que cette loi avait été rigoureusement appliquée par le bon peuple de France.
