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N’importe où

J’avais douze ans lorsque, pour la première fois, cet insupportable sentiment d’être seul au monde s’estompa le temps d’une lecture. J’avais emprunté à la bibliothèque municipale « Le voyage de Simon Morley », de Jack Finney. L’histoire d’un type – Simon Morley – qui voyage dans le temps, non pas grâce à une machine, mais simplement en utilisant une sorte de technique d’auto-hypnose : Simon se persuade qu’il est au XIXe siècle, et voilà qu’il finit par s’y trouver.
L’année suivante, celle de mes treize ans, je découvre « Le jeune homme, la mort et le Temps », de Richard Matheson. Scénario différent, mais… là aussi, un homme parvient à voyager dans le passé simplement en se conditionnant à croire qu’il s’y trouve. Ça ne pouvait pas être un hasard.
Trois ans plus tôt. J’ai dix ans et je lis avec avidité l’un de ces mangas de science-fiction pour ado que les nippons produisent en quantité industrielle. L’histoire raconte les aventures d’un petit garçon, Taïko, qui a le pouvoir de voyager dans le Japon médiéval en invoquant les esprits. Les dessins sont intenses, immersifs, et, en refermant le livre, j’ai l’impression d’être encore dans ce monde de samouraïs et de ninjas. Puis, je pose le manga et observe le monde autour de moi. Quelque chose a changé. Pas un détail, non. Je suis passé du décor rassurant de ma chambre à celui d’un Japon que je n’ai jamais vu ailleurs que ce genre de bouquin que je viens de terminer.
Au loin, des types à cheval chargent dans ma direction. Aucun doute : ce sont des samouraïs. Je ferme les yeux très fort en me prenant la tête entre les mains. Ça ne peut pas être réel — et pourtant, j’entends le bruit des sabots qui se rapprochent. Je pense : Je veux rentrer chez moi — et de toute ma vie, je n’ai jamais rien pensé aussi fort. Les bruits s’arrêtent. J’ouvre les yeux. Je suis de retour dans ma chambre.
Pendant deux années, de mes dix à mes douze ans, je refuse de lire, de regarder la télé ou d’aller au cinéma. J’évite tout ce qui pourrait me passionner, m’habiter, de peur que ce que j’ai vécu dans ma chambre, ce jour-là, par la lecture d’un simple manga, ne se reproduise. Deux années d’ennui, pendant lesquelles mes parents se réjouissent de me voir progresser à l’école. Car en effet, étudier les maths, la grammaire, c’est une activité froide, scolaire, qui ne fait à aucun moment appel aux rêves ou à l’imaginaire. Ça me tient concentré sur quelque chose de concret, de rassurant. Et puis c’est bon pour ma scolarité…
Tout change avec la lecture de Finney. J’ouvre un livre pour la première fois depuis bien longtemps, et ça n’est pas un hasard si c’est celui-ci. J’en ai entendu parler en cours de sciences physiques. Notre prof, madame Maduro, est une scientifique passionnée de SF. Je ne sais plus quelle digression l’a amenée à évoquer les voyages dans le temps, et puis ce livre en particulier. Mais lorsqu’elle en a fait la description, j’ai eu comme une révélation : Finney a vécu la même chose que moi, et il en a fait un livre. Même chose pour le roman de Matheson. Une telle similitude dans ce concept de voyage dans le temps par auto-hypnose ne peut pas relever uniquement du hasard — ou du plagiat.
Au moment de ma prise de conscience, Finney est déjà mort. Mais Matheson vit. Il ne décédera qu’en 2013. Les écrivains, même célèbres, sont beaucoup plus faciles à dénicher qu’on peut le croire — contrairement aux acteurs, par exemple. En quelques clics sur Google, j’apprends que l’auteur a ses habitudes au Saddle Peak Lodge, où il déjeune souvent plusieurs fois par semaine.
C’est en Californie, dans les collines entre Calabasas et Malibu. Je vis à Meudon, en France. Et je ne suis pas encore majeur…
Assis devant mon ordi, je contemple avec frustration la photo de ce restaurant que m’affiche Google. Le repère de Matheson. J’aimerais tant m’y trouver… Et l’instant d’après : j’y suis.
Ado français au milieu de ce décor où des yankees tout droit sortis de séries US boivent des Bud à la bouteille en se bâfrant de travers de porc. C’est terrifiant, déstabilisant, mais… moins que lorsque je m’étais trouvé, des années plus tôt, face à une cavalerie nipponne en pleine charge. Et je vois Matheson, attablé dans le coin le plus discret du restaurant, et qui me regarde l’air hébété, un bretzel figé dans sa main droite. À coup sûr, il m’a vu « apparaître ». Il finit par se décrisper et me fait signe de venir à sa rencontre.
Mes notions d’anglais face à ses notions de français rendent une ébauche de conversation possible. Et très vite, il me met en garde : « N’utilise pas ce truc, petit. Ça peut être très dangereux. Moi, j’y ai renoncé depuis longtemps. » Je lui réponds que je n’ai rien demandé. Que ce truc-là semble arriver indépendamment de ma volonté. Il me sourit. « De la même façon que ta volonté peut te faire voyager dans le Temps et l’espace, elle peut également désactiver ton aptitude. Il suffit que tu le veuilles très fort. »
Il me raconte ensuite son expérience. Comment il a découvert ce qu’il appelle l’aptitude. Comment il y a renoncé grâce à la méthode qu’il m’a décrite. Les risques qu’il a courus à l’époque où il s’amusait à s’en servir. Puis il se lève, lance deux billets sur la table, me touche l’épaule et me dit d’une voix discrète : « Do whatever you want, kid. But if I were you, I’d get rid of that thing before something bad happens… » — et il s’en va.
Quelques instants plus tard, je suis de retour chez moi. C’est fou comme il devient facile de maîtriser l’aptitude. Il suffit de s’en servir, en fait. Et m’en servir, ça j’y compte bien.
Les semaines qui suivent, je voyage un peu partout sur la planète. D’abord, je visite des îles aussi désertes que paradisiaques. Aldabra, Clipperton, l’atoll de Palmyra, les îles Cocos… Je choisis ces endroits afin d’éviter d’y croiser une population humaine qui risquerait de me voir « apparaître », comme sorti de nulle part. Je ne veux pas d’ennuis. Mais je constate vite que les gens ont un comportement de déni très important lorsqu’ils sont confrontés à quelque chose qu’ils ne peuvent expliquer. Ils se frottent les yeux, prennent un air intrigué, et… reprennent leur chemin, tout bonnement. Plus tard, une explication rationnelle finira par sortir de la bouche d’un Youtubeur scientifique, qui expliquera comment la réverbération de la lumière peut produire certaines illusions d’optique, ou par celle d’un psychologue, qui consacrera un podcast à décrire les mécanismes de la fatigue, ces mêmes mécaniques capables de provoquer des hallucinations.
Les années passent, et avec elles, la maîtrise de mon aptitude se solidifie. Je manie de mieux en mieux la chose. J’ai une petite amie à Québec, une autre à Sydney et une troisième à Berlin. Je me suis fait apparaître à plusieurs reprises en pleine forêt amazonienne, devant une tribu reculée qui m’a pris pour un Dieu. J’ai campé plusieurs jours sur l’île Amsterdam, petit morceau de France dans l’océan Indien. J’aime ce pouvoir maintenant que je sais le maîtriser. Je ne le crains plus. Je sens qu’il ne peut rien m’arriver. Je me trompe.
C’est un samedi soir, jour d’hiver en France, et je me dépêche d’engloutir un repas avant de sortir. Dehors, il fait froid, il neige, mes amis m’attendent au pub. On compte écluser quelques bières et faire une ou deux parties de billard avant d’aller danser. J’ai rompu avec mes petites amies de Sydney et de Berlin. Je vois encore celle de Québec, mais plus comme sexfriend… Avant de sortir, j’attrape une pomme. Je la mangerai en route. Trois kilomètres séparent mon appartement du pub irlandais où mes amis et moi avons nos habitudes. Il fait vraiment froid, peut-être un degré. Voire zéro. Je croque dans ma pomme tout en marchant, et c’est à ce moment-là que ça arrive.
Un morceau du fruit, pas suffisamment mâché, se coince dans mon gosier. J’étouffe. Autour de moi : personne. Je ne parviens plus à respirer, je tousse, je n’arrive pas à expulser le morceau de pomme logé au fond de ma gorge, et l’espace d’un instant, le froid, la peur et le sentiment d’asphyxie m’évoquent le vide spatial.
Quelques secondes avant de mourir, j’aperçois au loin la planète bleue. Mes yeux me brûlent, mes tympans me font atrocement mal, mon corps gonfle et ma salive entre en ébullition. Je vais mourir, c’est une question de secondes, et la dernière pensée qui me traverse l’esprit avant de perdre conscience pour toujours, ce sont les mots de Matheson, dans ce troquet de Californie, quelques années plus tôt.
Do whatever you want, kid. But if I were you, I’d get rid of that thing before something bad happens…
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Memento

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La dernière exhibition

C’était une maison sale plantée au bord d’une route départementale régulièrement empruntée par les transporteurs routiers. Ses façades n’avaient pas dues être nettoyées depuis sa construction. Elle comptait un étage à la fenêtre duquel se trouvait un homme en débardeur. Il devait avoir une quarantaine d’années et il fumait accoudé au balcon. Ce devait être du tabac brun.
Il y avait une trentaine de mètres carrés de terrain adossés à la maison et entourés par un grillage vert. Une piscine gonflable avait été maladroitement érigée en son centre. Sur les trois boudins qui en composait la charpente pneumatique, deux semblaient crevés. Trois gosses, entre cinq et huit ans, jouaient dans une eau croupie à la surface de laquelle flottaient mouches, moustiques, et autre cadavres d’insectes.
Une mère édentée leur jetait des bouteilles de plastique vides en riant. Du haut de sa hune, le père, qui fumait toujours, s’était servi un pastis dans un verre à moutarde Mickey. On pouvait facilement observer qu’il n y avait ajouté que très peu d’eau à ce que la couleur du liquide restait jaune foncé. Il y avait un chien attaché à un mètre de corde à coté d’une niche en plastique vert. On sentait que l’animal enviait les enfants qui s’ébattaient dans l’eau, lui qui était probablement entravé ainsi jour et nuit.
Sous chacune des lucarnes de l’étage, on apercevait des traces brunâtres qui descendaient jusqu’au pied de la bâtisse. On aurait dit des fenêtres qu’elles avaient pleuré des larmes de merde et que ces dernières avait fini par sécher.
Des couches-culottes sales parsemaient le sol du jardin jusqu’au devant du garage en taule duquel dépassait un vieux break Renault de couleur beige.
Et puis, sans qu’on comprenne trop pourquoi, les gosses se sont mis à pleurer à l’unisson et leur mère les a agonit d’insultes. Le père a crié quelque chose depuis le balcon, a ôté sa ceinture et l’a fait tournoyer autour de sa tête comme un cow-boy pendant un rodéo. Je pense qu’il se voulait menaçant. Et puis plus rien.
Après ça, ma mère m’a dit que ça suffisait et qu’il fallait laisser la place à un autre enfant qui faisait la queue pour regarder à la longue-vue. Moi, j’étais un peu déçu. J’aurais bien aimé voir si le père allait battre ses enfants. Ma mère m’a dit qu’on reviendrait une autre fois, et que de toute façon, le spectacle ne risquait pas de changer puisque depuis l’extermination de la dernière espèce animale sauvage, il ne restait plus que des pauvres à regarder lorsqu’on allait au zoo.
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Le meilleur ami de l’Homme

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Forclusion

Lorsqu’on me dit que j’exerce un métier de fou, je ne ris jamais parce que c’est à moitié vrai.
À vrai dire, à force de voir défiler des malades mentaux dans mon cabinet, j’en viens à me demander comment j’ai réussi jusque là à conserver ma bonne santé mentale.
Les dépressives sont celles qui m’exaspèrent le plus. Notez bien que je précise dépressives, au féminin. Les hommes dépressifs me dérangent moins. Il y a une sorte de virilité en toile de fond qui n’existe pas chez les femmes. Les femmes font décidément tout mal, même leur dépressions nerveuses.
Et toutes sont dépressives pour les mêmes raisons. C’est d’un ennui… Mari infidèle, problème de communication, monsieur ne veut plus tambouriner madame alors il se rabat sur la voisine, parfois sur sa fille, et ça fini en drame au commissariat, famille déchirée, dépression, suicide, clientèle assurée.
* * *
Ça ne pouvait pas être dans le camp des névrosés que j’allais trouver la perle rare. Ainsi, ma mine d’or à moi est entrée dans mon cabinet un petit matin du mois de septembre. Monsieur Stern était un homme très bien coiffé, qui sentait l’after-shave et portait un costume bien taillé. Il m’avait salué poliment, avait tiré une chaise pour lui et une autre pour l’ami fantôme par qui il prétendait être accompagné.
- Comment s’appelle votre ami ?
- Eh bien, demandez-le lui directement docteur, voyons …
J’ai beau avoir cinquante-six ans, j’ai encore une âme de joueur. Alors j’ai regardé la chaise et j’ai salué l’homme invisible qui s’y trouvait. Puis, je me suis tourné à nouveau vers monsieur Stein et j’ai nous avons débuté ainsi sa première consultation.
* * *
Le compagnon imaginaire de Stern s’appelait Jonas. Selon son délire, ils étaient amis d’enfance. Ils avaient grandi ensemble sur les plages de Normandie. Pendant les premières semaines, je n’ai pas abordé l’existence (ou plutôt l’inexistence) de Jonas. Nous nous concentrions sur le problème et l’objet de sa consultation qu’était le décès de son père. Je voyais, dans cette volonté de Stern à faire exister Jonas, un besoin d’incarner l’esprit de son paternel dans quelque chose qu’il pouvait croire vivant.
* * *
La première grosse erreur que j’ai commise a été de tenter de démontrer moelleusement l’inexistence de Jonas. J’avais préparé un rafraîchissement. Du thé glacé. Et lorsque j’ai fait semblant de lui en proposer un verre afin de provoquer une prise de conscience via la confrontation réel / irréel chez son créateur, celui dernier a fait mine d’être scandalisé que je ne tienne pas compte du handicap de son ami dont il m’expliquait alors qu’il était incapable de tendre les bras pour saisir quoique ce soit en raison de son handicap.
Voilà qui tombait bien.
* * *
Au bout de six mois et à raison d’une consultation par semaine, Stern avait opéré la résilience de la mort de son père. En revanche, Jonas était toujours là. J’ai décidé alors d’expérimenter une méthode radicale que le docteur Harry Wilson avait mise au point au milieu des années 90 et qui s’appelait la « Thérapie par la mort ».
Stern est ainsi entré dans mon cabinet un jeudi matin. Il s’est assis après avoir tiré la chaise pour Jonas, comme il en avait pris l’habitude.
J’ai alors sorti le 357 magnum que j’utilisais au stand de tir et j’ai vidé mon chargeur dans la chaise où trônait régulièrement Jonas.
Cris, hurlements.
* * *
Je n’avais jamais observé auparavant ce que l’on appelle une hallucination collective. La police, les pompiers, les infirmiers, les jurés, le juge, les médias et désormais le personnel de l’institut psychiatrique où l’on m’a enfermé et où je vis incarcéré depuis plus de six ans ; tous ont été contaminés par l’hallucination de Stern. Tous ont vu un corps ensanglanté, celui de Jonas, inerte sur ce fauteuil sur lequel j’ai tiré et que j’ai criblé des balles de mon revolver… Selon eux.
C’est fascinant, cette forclusion collective.
D’autant plus fascinant que mon arme était chargée à blanc.
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Mauvaise langue

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Les deux derniers hommes sur Terre

En cette magnifique matinée du mois d’Avril, l’humanité n’existait plus. Éradiquée de la surface de la Terre par l’une de ces catastrophes impossibles à prévoir dont seule la planète a le secret lorsqu’elle sent que la coupe est pleine.
Ainsi, les rivières redevenaient petit à petit chargées d’eau pure, les océans voyaient leur faune aquatique renouvelée, les glaciers gagnaient à nouveau du terrain au sommet des montagnes et le règne animal – exception faite des animaux de compagnie – poussait à l’unisson un grand soupir de soulagement.
Pourtant, en cette magnifique matinée du mois d’Avril, l’humanité existait encore un peu. Très peu, vraiment, et de manière largement provisoire puisque les deux survivants à la catastrophe s’appelaient Gilles et Gabriel, et que contrairement aux velléités idéologiques du monde éteint dont ils étaient tous les deux issus, la nature ne leur permettait pas d’engendrer l’un avec l’autre. Le destin du monde était ainsi scellé. À très court terme, l’humanité s’éteindrait définitivement, mais pour l’heure Gilles et Gabriel n’avaient guère le choix de leur compagnie, et il leur fallait apprendre à vivre ensemble du mieux qui leur été possible.
Respectivement de vingt-neuf et trente-trois ans, Gilles et Gabriel étaient issus de milieux sociaux forts différents. Si Gilles était ce que l’on pouvait appeler un touche-à -tout, sur les chantiers et dans les usines depuis sa majorité, manuel jusqu’au bout des ongles et bricoleur tous les jours de la semaine, Gabriel, quant à lui, était un artiste. Peintre, musicien, à l’aise dans la plupart des catégories artistiques au sein desquelles il asseyait son statut d’auteur, il n’aurait pas pu survivre bien longtemps dans ce monde vide de toute humanité sans l’aide de Gilles.
Gilles avait, en quelques mois, bâti de ses mains une solide habitation de bois reliée à un immense réservoir qu’il avait équipé en filtres afin de rendre potable l’eau qu’il pompait dans la rivière adjacente. Dans ce monde post-humain où la nature reprenait ses droits, il avait réussit une véritable prouesse en terme d’autosuffisance. Un homme comme Gilles, qui savait chasser, pêcher, trouver de quoi se nourrir dans les bois, poser des pièges, semer et récolter, était une véritable aubaine pour quelqu’un comme Gabriel, dont la seule réaction face à cette sorte de monde dantesque aurait été de se rouler en boule et d’enchaîner attaques de panique sur crises de larmes.
Alors pour contribuer à ce nouveau monde très provisoire, Gabriel s’employait à divertir Gilles de toutes les façons possibles. D’abord, il avait écrit une pièce de théâtre qu’il avait fait jouer à une compagnie de marionnettes. On en avait trouvé quelques unes dans les décombres d’un magasin, et Gilles avait su fabriquer les autres. Par la suite, Gabriel s’était mis en tête de créer de A à Z une bande-dessinée mettant en scène les aventures de deux rescapés d’un monde apocalyptique. Puis, il avait été question de composer des chansons populaires afin de donner du cœur à l’ouvrage à Gilles lorsqu’il travaillait dans les champs, à récolter ce que tous deux mangeraient le soir-même.
Mais si Gabriel ne manquait pas d’idées pour divertir Gilles et lui rendre ses rares instants d’oisiveté agréables, ce dernier, quant à lui, supportait de moins en moins l’idée d’être le seul à mettre la main à la pâte, et de violentes disputes éclataient de plus en plus souvent entre les deux compères.
« Bon à rien ! Feignant ! Incapable ! » éructait Gilles à l’endroit de Gabriel. « Je me tue toute la journée à nous ramener de quoi manger, et toi tu t’amuses avec tes dessins et tes instruments ! J’en ai assez de devoir supporter tes habitudes de cossard ! » hurlait-il en agitant les bras en l’air, comme un dément. Gabriel, de son coté, tentait de raisonner son ami, lui expliquant qu’à sa mesure il tentait de faire de son mieux, mais Gilles était ce jour-là comme ivre de colère, et plus Gabriel tentait de l’adoucir, plus il sentait la rage monter en lui. De tout temps, Les hommes ont eu besoin d’une tête de turc pour décharger leur passion. Mais dans un monde qui ne comptait plus que deux homos sapiens à blâmer, la recherche du bouc émissaire ne pouvait pas durer bien longtemps.
Ainsi, la onzième dispute fut également la dernière. Au terme de plus d’une heure de vocifération, Gilles fini par se saisir d’un manche de pioche qu’il écrasa de toute ses forces sur le crâne de Gabriel, tuant ce dernier sur le coup. Passées les premières minutes de panique, Gilles se rappela qu’il n’y avait plus de tribunaux, ni de police, ni de prisons et qu’il n y avait donc aucune raison de paniquer. Il allait jeter Gabriel dans le compost et oublier toute cette histoire.
La première semaine de solitude fut vécue par Gilles comme une sorte de récompense. Il ne chassait plus que pour lui, ne pêchait que pour remplir son estomac et se fatiguait moins pour ce qui était du jardinage puisqu’il était désormais l’unique bouche à nourrir. Tout ce temps gagné, il le passait à flâner, à observer la nature, à contempler la dégradation progressive de ce qui restait des infrastructures humaines. Mais au bout de quelques mois, Gilles dû se rendre à l’évidence : il s’ennuyait.
Il y avait certes toujours quelque chose à faire, un outil à réparer, un morceau de terrain à rendre cultivable, des animaux à chasser… mais il manquait malgré tout quelque chose à Gilles. Le soir, il s’endormait l’esprit las, profondément abattu de devoir recommencer le lendemain la même sorte de journée qu’il venait à peine de terminer. Et à mesure que les jours s’égrainaient, l’unique survivant de l’espèce humaine en ce monde se rendait compte qu’il était incapable de se divertir seul.
Au dernier jour du règne de l’humanité, sur une planète Terre exsangue de cette civilisation qu’elle avait pourtant bercé pendant des millénaires, un homme seul, sans doute le dernier des dépressifs, fit un nœud coulant, le passa autour de son cou et se pendit à un arbre.
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Pense-bête

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Rouge

Il est vingt heures. Marc, comme tous les soirs, se sent épuisé. Son divorce, l’année précédente, l’a plongé dans une spirale maudite de laquelle il peine à s’extirper. Comme s’il avait besoin de ça pour se sentir mal… D’une nature angoissée, son enfance puis son adolescence lui ont laissé de sévères stigmates psychiatriques. Marc souffre de troubles anxieux généralisées. Pour le dire autrement, il ressent la peur de façon permanente. C’est un étau qui lui rend le sommeil difficile, voire impossible à certains moments. Dès qu’il ouvre les yeux, le matin, il ressent cette angoisse qui lui serre l’estomac et lui mord les flancs. Mais il doit malgré tout se forcer à prendre un petit déjeuner, car le ventre vide, il aurait peur de faire un malaise, de tomber dans les pommes. Lorsqu’il était enfant, au collège, il lui arrivait souvent de perdre connaissance. On lui disait à l’époque qu’il s’agissait d’hypoglycémie, il sait désormais qu’il faisait de lourdes crises d’angoisse. Quelque soit la situation dans laquelle il se trouve, il s’imagine toujours qu’il va lui arriver le pire. Il ratera son bus, se fera agresser dans la rue, contractera une maladie, ne parviendra jamais à trouver l’amour…
Après de longs mois de chômage, Marc a enfin retrouvé un emploi. Il travaille maintenant pour la ville, au service de collecte des ordures ménagères. Il se lève à quatre heures pour prendre son service à cinq. Le sommeil est pour lui une divinité qu’il appelle chaque soir de ses prières. Car s’endormir, lorsqu’on est un angoissé de nature, relève souvent du parcours du combattant. Et comme cette foutue loi de loi de Murphy n’a de cesse de s’appliquer à son existence, depuis plusieurs semaines, Marc se coltine de nouveaux voisins. Un couple de jeunes, un garçon et une fille, a loué le F2 juste au dessus de sa tête. Ils parlent fort, s’engueulent régulièrement, poussent le volume de leur télé à fond, claquent les portes, et lorsque Marc frappe chez eux pour leur demander de la mettre en sourdine, ils le regardent comme une poule qui a trouvé un couteau. « Wesh c’est bon, on fait pas d’bruit… » siffle le garçon tandis que la fille, maquillée comme une voiture volée, scrolle frénétiquement sur Tiktok. Et pourtant si, explique Marc, vous en faites beaucoup, ça m’empêche de dormir, je travaille tôt le matin et j’ai besoin de sommeil alors soyez raisonnables. Mais la Raison n’a jamais été le fort de cette théorie de faune, et à peine Marc a t-il regagné son domicile que les portes claquent à nouveau et que la télé hurle derechef les clips de Maître Gims et autre Jul.
Un Temesta à midi, un Stilnox le soir. Avec ça, Marc réussit à trouver le sommeil mais pas à le garder. Sitôt les effets des psychotropes dissipés, le moindre bruit le sort de sa torpeur. Et ses exécrables voisins ne font aucun effort pour se montrer discret. Même la nuit.Les premières semaines, le garçon travaillait. Il livrait des plats traiteurs à vélo. Et puis il s’est fait virer parce qu’il prélevait pour lui-même des portions des dits-plats. Alors désormais, il est chez lui H24 et Marc n’a plus aucun répit. Lorsqu’il rentre épuisé du travail, il est secoué par le stress de devoir regagner un logement au sein duquel il lui est impossible d’avoir le calme. Chez lui, c’est devenu l’enfer, un enfer duquel il n’a pas les moyens de s’extraire. Jour et nuit, il n’y a plus de règles, le vacarme peut désormais exploser au-dessus de sa tête comme une bombe n’importe quand. Marc sent que sa raison est à deux doigts de vaciller.
Il est vingt heures et ce soir Marc a prit une double dose de Stilnox, exceptionnellement. Il a vite abandonné l’idée d’aller frapper à la porte de ses voisins pour leur expliquer une nouvelle fois à quel point leur comportement lui rend la vie insupportable. C’est le même mur de bêtise crasse qu’il affronte à chaque fois. Le connard qui grogne qu’ils ne font pas de bruit, la connasse peinturlurée qui scrolle sur son téléphone, et Marc qui redescend chez lui, semant dans son sillage les quelques atomes de raison qui lui restent.
C’est dangereux de surdoser les psychotropes, mais quel autre choix ? À l’époque du metaverse, on a toujours pas réussi à inventer des bouchons d’oreilles efficaces, se lamente Marc. Et alors que les somnifères commencent à faire effet, dressant ce lit d’abstraction cotonneuse sur lequel Marc pourra enfin rejoindre Morphée, la voix d’un chanteur autotunée se fait entendre qui le sort de son embryon de narcose. « J’l’ai pécho dans la teboi, weeesh, j’lui ai fait sucer ma pote-ca, weeeesh » chante d’une voix synthétique ce ménestrel des temps modernes. Et soudain, devant les yeux de Marc, tombe un voile rouge sang.
C’était tout ce qui lui restait de son ami Julien. Le flingue qu’il avait utilisé pour se faire sauter le caisson. Lorsqu’il s’était donné la mort, six années plus tôt, personne n’en avait voulu. La famille, assez légitimement, ne voulait pas conserver l’instrument de la mort de leur fils. Alors il avait échoué chez Marc qui l’avait rangé dans un tiroir, sans rien changer de l’état dans lequel son dernier propriétaire l’avait laissé. En tirant sur la culasse, Marc éjecte une douille. Celle qui a contenu l’ogive qui a traversé la cervelle de Julien. Personne n’avait pensé à faire cette petite manipulation. Un œil sur le chargeur, il doit rester six ou sept balles, peut-être plus. C’est un colt 911. Une arme que les américains ont laissé dans leur sillage après leur passage sur les côtes normandes. Un pistolet automatique qui n’a pas perdu de son efficacité malgré les décennies écoulées depuis l’armistice. Marc l’empoigne et respire l’odeur de poudre sèche qui s’en dégage.
Il est maintenant devant la porte des parasites. Il ne se souvient plus avoir grimpé les marches. Son cœur cogne dans sa poitrine, il est excité. Il frappe une première fois, fort. Puis une deuxième tout de suite après. Encore plus fort. « Wesh » vient lui ouvrir la porte, son éternel petit rictus de racaille figé au coin des lèvres. Il le perd, ce sourire, lorsqu’il aperçoit le flingue, lorsqu’il lit sur le visage de son voisin qu’il n’est pas venu ce soir pour négocier le silence une fois de plus. Marc lève le bras et fait feu.
La première balle traverse le cou de sa cible, laquelle porte les mains au trou béant creusé par le projectile et qui laisse s’écouler un sang rouge vif que Marc ne distingue pas, puisque tout est rouge. « Tiktok » lève les yeux de son téléphone et se met à hurler. Une deuxième balle vient cueillir le haut de sa tête, emportant une partie de sa calotte crânienne et un morceau d’une cervelle grise et gélatineuse, dont la majeure partie vient s’étaler sur le torse et le visage d’un invité. Marc en compte quatre. Ça explique la multiplication des bruits ce soir. Il y a deux filles et deux garçons. Tous fringués comme des culs. Survêts, casquettes pour les mâles, maquillage de tapineuses pour les femelles, le tout enrobé par une odeur de shit coupé au pneu. On dirait deux maquereaux et leurs putes. Marc vise à nouveau. Tout est rouge, toujours.
La police arrive environ quarante-cinq minutes plus tard pour découvrir le carnage. Au milieu des corps, Marc ère, le regard vide, son flingue déchargé à la main. Il n’oppose aucune résistance lorsqu’on lui passe les menottes. Jugé aux assises un an plus tard, il prendra trente ans fermes. L’arme à feu, c’est la preuve d’un acte prémédité. Le jury suivra les réquisitions du procureur et infligera à l’accusé la peine maximale. Le coup de folie invoqué par la Défense ne convaincra personne. Et pourtant…
Sur le toit de l’immeuble où vivaient Marc et ses victimes, un être aux dents élimées écrit dans ce qui ressemble à un livre de compte. Le Malicieux* tient en effet registre de tous les actes sournois qu’il commet. Peu importe la notoriété de ses victimes, seule compte la perversité de l’acte. Celui qu’il vient de commettre l’a particulièrement amusé. Sur le nom de Marc, il trace un trait à l’encre rouge. Rouge, comme le sort qu’il lui a jeté.*Voir nouvelle du même nom, du même auteur.
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Survivre ensemble

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Achille

Achille était un chat chanceux. Tout d’abord parce qu’Arnold, son maître (si tant est que l’on puisse parler de « maître » pour cette sorte de félins) avait eu la bonne idée de lui donner un nom normal. Au milieu des Capsule, Minou, Boubouille et autres absurdités bêtifiantes, Achille campait son légendaire patronyme grec avec panache. La deuxième raison pour laquelle Achille était un chat chanceux, c’est parce qu’il n’aurait pas pu trouver aussi dévoué que feu son maître. Et c’est donc maintenant que je dois vous expliquer comment il est possible d’être un bon maître tout en étant mort.
L’obsession d’Arnold, c’était ce qu’il pourrait bien arriver à son chat après sa disparition, si ce dernier venait à lui survivre. À l’idée que son minou se retrouve entre de mauvaises mains, chez ce genre d’humains infoutus de faire la différence entre un animal et un outil de divertissement, il en était malade. Alors, puisque sa fortune le lui permettait, il avait équipé sa maison afin qu’elle soit en mesure de subvenir aux besoins de son chat de manière durable.
Des années auparavant, Arnold s’était établi dans une ferme qu’il avait entièrement retapé. En pleine nature, avec pour plus proches voisins les habitants d’un hameau situé à une vingtaine de kilomètres, il avait fait de son habitation une sorte de lieu de vie autonome en énergie et en nourriture. Ce que les survivalistes appelaient « base autonome durable ». Il ne s’était pas exilé au fin fond de la campagne par peur de la fin du monde, non. Juste par défiance envers le genre humain et par ce besoin qu’ont parfois certains mystiques de se retrouver isolés au beau milieu de la nature.
Et puis il y avait eu le virus. Un super-tueur qui avait décimé plus de 95% de la population mondiale en à peine quelques mois. Arnold avait été de ceux-là. Le jour de sa mort, il avait avec tristesse fermé une dernière fois les yeux sur ce monde dans lequel Achille vivrait après lui. Aussi longtemps que peut vivre un chat.
Achille avait une puce électronique implantée sous la peau, au niveau du cou. Cette dernière servait à l’identifier auprès du matériel de sécurité ultra-perfectionné dont Arnold avait équipé la maison. Des portes électriques s’ouvraient et se fermaient automatiquement au gré des passages du matou, selon qu’il préférait, en fonction du temps et des saisons, dormir à l’intérieur ou à l’extérieur. Sa puce commandait également un distributeur de croquettes qui servait, à chacune de ses approches, une bonne dose de nourriture, toujours d’une saveur différente. Environ trois fois par jour un détecteur de présence balayait l’intérieur de la maison. Si Achille était détecté, le téléviseur du salon s’allumait et diffusait des images d’oiseaux, de chatons, des bruits de cours d’eau et de vent entre les branches d’un arbre afin que le nouveau maître des lieux ne s’ennuie pas trop. La totalité du système était relié aux nombreux panneaux solaires installés sur le toit ainsi qu’à une batterie de secours d’une autonomie de deux semaines, elle-même réalimentée par l’énergie solaire lorsque celle-ci était à nouveau disponible. Toute la maison fonctionnait dans une logique de cercle vertueux de l’énergie où rien n’était gaspillé, où tout était recyclé.
Tel un Roi dans son palais, Achille était l’unique animal de la planète à vivre dans des conditions aussi avantageuses. Et il s’écoula dix ans sans que rien ne se passe d’autre dans sa vie de chat que de bons repas suivis de longues siestes.
C’est au premier jour de la onzième années que vinrent les Barms. Les Barms étaient une race extra-terrestre en provenance d’une planète gravitant autour de Proxima du Centaure. Race pacifique, contemplative mais résolument curieuse, les Barms découvraient une planète vidée de la race humaine mais dont les infrastructures encore fraîches trahissaient le passage.
Pour les Barms, il ne faisait aucun doute que s’il y avait une espèce intelligente sur la planète Terre, c’était celle des Felis silvestris catus. Comment un être marchant à quatre pattes et au langage manifestement réduit pouvait-il avoir conçu palais aussi moderne et confortable ? C’était là une évidence que les Barms devaient prendre en compte : le chat, maître de la Terre, était une espèce bien plus évoluée que là leur.
Pour le confort du lecteur, les dialogues qui suivent seront traduits du Barms au Français.
« Grand Commandeur, nous avons localisé le chef de cette planète. Il vit dans un somptueux palais et a pour esclave des automates fonctionnant à l’énergie électrique.
– Avez-vous réussi à nouer un dialogue ?
– Non, Grand Commandeur. L’individu en question refuse de nous adresser la parole.
– Comment ça, il refuse ?
– Oui. Lorsque nous nous adressons à lui, il nous regarde les yeux grands ouverts et nous pensons avoir son attention, mais systématiquement il finit par s’en aller alors que nous n’avons pas terminé de parler. Il arrive même qu’il se mette à faire sa toilette alors que nous sommes en train d’aborder des sujets cruciaux.
– N’oubliez pas qu’il est le chef de cette planète. Le pouvoir a tendance à rendre les gens quelque peu snob.
– Mais ça n’est pas tout, grand commandeur. Hier, nous l’avons vu exécuter sous nos yeux une créature innocente. Il l’a d’abord longuement torturée, la faisant sauter comme une balle entre ses pattes, puis a fini par la décapiter avec les dents.
– Bon sang mais n’avez vous pas pu vous interposer ?
– Nous… Nous n’avons pas osé, Grand Commandeur. Nous ne savions pas comment l’être en question allait réagir.
– Oh, par les cieux, nous n’aurions sans doute pas dû nous arrêter sur cette planète. Si cette espèce est aussi évoluée que nous le pensons et aussi cruelle que vous le dites, alors elle pourrait bien avoir envie de nous réduire en esclavage… ou pire !
– Ne devrions-nous pas nous enfuir, ô Grand commandeur ?
– C’est précisément ce que nous allons faire ! Je ne veux prendre aucun risque !»
À peine quelques minutes après cette échange, l’on entendit du coté de la maison d’Arnold une sorte de petit vrombissement. Un bourdonnement peu ou proue similaire à celui que faisaient naguère ces drones que l’on trouvait dans le commerce. Un petit aéronef, pas plus grand qu’un four micro-ondes, s’élevait dans le ciel. À son bord, les trente-huit membres d’équipage de la mission d’exploration Barms. Assis dans l’herbe, un rongeur coincé sous les pattes, Achille eut l’ébauche d’une pensée. « Quel étrange oiseau… » songea-t-il avant de déguster sa proie.